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Les mots du dragondeau

 
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Dragondeau
Bipote Emeraude

Hors ligne

Inscrit le: 05 Jan 2015
Messages: 62

MessagePosté le: Lun 16 Mar 2015 - 21:57    Sujet du message: Les mots du dragondeau Répondre en citant

Bonsoir,

A la demande de Sasmira, qui est curieuse et à très bon goût en matière de BD, je vais vous en dire un peu plus sur mes textes.

Peut-être comme beaucoup de bipotes, je ne sais pas exactement où j'en suis, même si, pour ma part, ça va de mieux en mieux.

Ecrivain, c'est une ombre qui me suit de partout, quelque chose qui vit avec moi mais n'est presque pas moi. Moi, j'ai l'impression qu'écrivain, c'est quelqu'un de bien plus intelligent que moi, qui manie mieux la langue et surtout qui a plus de souffle.

J'ai fait du journalisme littéraire autrefois et je sais aujourd'hui que je ne suis pas un journaliste. Je passais un temps fou sur chaque article, visant la qualité maximale jusqu'à atteindre, parfois, la beauté de textes de critique littéraire, au sens noble et artistique du terme. Je suis joueur, beaucoup, j'aime jouer des livres comme d'autres du piano, de l'orgue ou du clavecin. Appuyer là où il faut : interpréter.

J'ai publié deux petits livres régionalistes. Ça n'a rien d'étonnant pour un Corse.

J'ai longtemps essayé, en vain, d'écrire un roman. Ce n'est pas ma forme. Un roman, c'est comme un marathon : j'ai pas le souffle. Et les crises n'aident pas, vraiment pas. Un jour, peut-être.

J'ai achevé un recueil de poésies, qui est un peu, toutes proportions gardées, ma Saison en enfer à moi. Je devais le monter à un éditeur... qui m'a planté au dernier moment. J'ai vu ça comme un signe. Signe une le recueil n'est pas prêt, qu'il faut peut-être le reforger, avec plus de maturité. En même temps, on ne reforge pas un enfant et, tel Cyrano, mon sang se coagule en pensant qu'on y peut changer une virgule. Un gros tiers du recueil, celui dont je suis le plus "fier", a été écrit en phase maniaque, dans un état non pas proche du Colorado, mais ayant dépassé de loin le Colorado.

Après des mois de travail, j'ai achevé une nouvelle qui passe la barre à mes yeux. Elle devait être publiée dans une revue corse, mais l'éditeur tarde. Le dragondeau n'a pas de chance. Je suis en train d'écrire la suite de la nouvelle. C'est aussi compliqué que de s'occuper d'un bonzaï acariâtre.

Voilà, j'ai d'autres projets, comme des paroles de chanson. Tel un Sisyphe moderne, je commence tout et ne finit rien parce que la vague écumante me jette sur la plage, encore, encore, et encore.

Un jour, peut-être ?
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MessagePosté le: Lun 16 Mar 2015 - 21:57    Sujet du message: Publicité

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feuilledarbre
Bipote Diamant

Hors ligne

Inscrit le: 16 Oct 2008
Messages: 2 024

MessagePosté le: Lun 16 Mar 2015 - 22:42    Sujet du message: Les mots du dragondeau Répondre en citant

Merci Dragondeau.

Je m'"abonne" à ton topic et j'espère que tu partageras souvent tes mots avec nous.
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Epsilon Eridani
Bipote Saphir

Hors ligne

Inscrit le: 19 Juin 2010
Messages: 603

MessagePosté le: Mer 18 Mar 2015 - 14:30    Sujet du message: Les mots du dragondeau Répondre en citant

Bonjour Dragondeau,

Je rejoins feuilledarbre.

J'ai aimé en apprendre sur toi. C'est vraiment plaisant et sympathique de te lire.

Je t'imagine bien sympathique aussi.

De plus, te lire me renvoie au souvenir de " Bipote " et sa signature...

" la vague écumante me jette sur la plage, encore, encore, et encore. "




Au plaisir de te retrouver.

Bien à toi,

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Dragondeau
Bipote Emeraude

Hors ligne

Inscrit le: 05 Jan 2015
Messages: 62

MessagePosté le: Mar 24 Mar 2015 - 19:55    Sujet du message: Les mots du dragondeau Répondre en citant

Bonjour feuilledarbre, bonjour Epsilon Eridani, bonjour à celles et ceux qui rejoindraient ce topic,

Sympathique, ce n'est pas à moi de le dire. Empathique, sûrement. Impression d'avoir trouvé une taverne remplie de gens formidables ici.

Mon premier recueil s'inspire, à ma façon, des Fleurs du Mal : le talent excepté. Ça m'a pris beaucoup de temps, mais maintenant, mieux qu'avant, j'arrive à transformer la douleur en puissance littéraire mineure. J'ai encore du mal à dormir, mais ce n'est pas le topic pour en parler.

Faire de son mal une source de beauté...

Je voudrais partager deux poèmes aujourd'hui. Après une ouverture appelée "Passage" et un "Spoiler", le recueil est articulé en trois cycles : les colères, les prières, l'espoir.

Les deux poèmes qui suivent sont l'ouverture du cycle des colères.

LE CYCLE DES COLERES

OUBLI

J'ai arraché mon cœur tout puant de nécroses
Du souvenir de toi,
Purifié par le feu ma gale et ma psychose :
Le souvenir de toi.

Mon cœur était carié, il a fallu, à la fraiseuse,
Tailler dans le pourri et faire une couronne.
Le reste est pour les chiens et vois, je te le donne :
Le souvenir de toi.

Mon cœur était cassé, mais un ressort de bronze,
Me rappelle à jamais que je fus cloche un jour.
Mais pour quoi ?


ACTE VI

C’était trop peu de cinq,
Ils réclament la suite.
Il fallait y penser,
On peut tout dans l’alcool.
La suite de quoi ?
Mystère
Ou plutôt non,
La colle.
A l’infini,
Je scande
Le retour
Des
Légendes
Et à toi
Ne te déplaise
Veau d’or la majesté
Française.
Le temps des grands bretteurs chargeant un contre cent,
Trop timides autrefois pour regarder leurs belles,
Les hommes aux cheveux longs, la mort dans les ruelles
Pour un mot de travers, un haussement de col.
Je chante les soldats, ventre creux, magnifiques,
N’ayant rien à envier aux plus grands princes elfiques,
Projetés
Sur celluloïds
Pour cacher nos
Hémorroïdes.
Le temps où d’un crachat pouvait naître une guerre,
Où le beau se foutait d’avoir des commissaires,
Vous avez dégusté Le Seigneur des anneaux ?
Vous allez adorer Le Retour de Rano.
On ne tue pas un mythe, le mot « fin », on s’en fiche !
Il y a une faille
Dans Rostand,
Personne ne la voit.
On peut faire mieux, plus fort, si l’on est aux abois.
Personne n’a tué feu le comte de Guiche…
Faites-lui ramasser le chapeau de Rano
En héritage
Et de cet homme fort, comblé de tout, puissant, un sage
En furie.
Tremblez, petits crétins, sous la colère ducale
De celui qui jamais de Roxane ne connut la tendresse
Buccale !!
La haine d’un Gascon qui se bat sans amour.
Comblé de tout, sauf d’une treille…
Priez pour qu’il ne se réveille
Pas tout de suite et pas trop fort,
Un mouchoir à la main,
Pour forcer le destin,
Venger Rano des poutres lâches.
Il est bien introduit,
A tous les sauf-conduits
Et l’oreille de la reine.
Sa fortune est immense,
Priez qu’il ne dépense
Pas trop vite son coffre.
Si Roxane lui offre
Un baiser c’est la fin.

Je garde mon copyright sur ces poèmes auxquels qui je tiens beaucoup. Je pense que je ne publierai pas toutes les pièces ici. Il y a des pièces sulfureuses, d'autres scandaleuses, d'autres tout simplement ratées. Le soufre et le scandale pourraient choquer dans ce lieu de paix, comme une nudité dans une place publique. Pourtant, quand on les connaît un peu, on sait que les grands poètes sont des âmes nues, que les dieux et les muses dansent nues sous la lune. Merci en tout cas pour votre attention et votre lecture.
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feuilledarbre
Bipote Diamant

Hors ligne

Inscrit le: 16 Oct 2008
Messages: 2 024

MessagePosté le: Mar 24 Mar 2015 - 20:01    Sujet du message: Les mots du dragondeau Répondre en citant

Dragondeau, c'est magnifique.
Je me régale à vous lire , toi et fontaine : vos mots me touchent beaucoup.
Merci du fond du cœur de partager cela avec nous.
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Dragondeau
Bipote Emeraude

Hors ligne

Inscrit le: 05 Jan 2015
Messages: 62

MessagePosté le: Mer 25 Mar 2015 - 16:11    Sujet du message: Les mots du dragondeau Répondre en citant

Merci beaucoup, feuilledarbre !

Le poème suivant du cycle des colères est vraiment très long. C'est un peu mon chef d’œuvre d'artisan : il tient debout tout seul, comme une chapelle bizarre dans une petite église. Il fut écrit d'un jet. Je sais qu'il n'y a que dans des endroits comme ici que l'on peut comprendre vraiment ce genre de choses : avoir mal, si mal, mais prendre la vague, même si elle est énorme. Mon psy n'a pas le temps de lire mes poèmes. Mon psychanalyste en a lu beaucoup, mais, pour l'instant, écoute beaucoup plus qu'il ne parle. Je crois que j'ai maintenant besoin de lectrices et de lecteurs.

En remerciement de vos attentions, je publie ici celui dont je suis le plus fier. Je garde toujours le copyright, de manière un peu désuète, car les temps ont changé. S'il paraît un jour un version papier, il suffirait qu'un geek le scanne pour le balancer n'importe où. La littérature ne nourrit plus son poète, mais c'est un autre débat.

En l'honneur des bipotes, ma plus belle vague. Si les modérateurs trouvent que c'est trop long, qu'ils suppriment tout simplement ce post. Je ne serai pas vexé. Ce forum est en train de me redonner confiance en moi et je vais peut-être présenter le recueil en entier à un éditeur qui accepte le soufre comme Léo Scheer.



LUCIFER PROCUREUR

Tous les chiens sont lâchés,
C’est le coup de l’archer
Qui ramasse par terre
Une petite pierre :
Le berger à la fronde.
C’est officiel, il a signé
Un CDI, je crois.
Mon Dieu, c’est bien le seul.
Il en est fou de joie.
Que c’est dur le chômage, personne ne croit en vous.
Bientôt c’est votre faute.
Il en était à fouiller les poubelles, le soir, près des supermarchés
En espérant un os, un chocolat, pas trop pris de javel :
Une chance.
Il avait bien maigri,
Tendu la main aussi
En France.
Il avait hésité aux portes des églises.
Il y avait trop froid et préférait Coluche :
Un bon verre de pinard et un morceau de bûche.
Vivent les Enfoirés qui sauveront le monde !
Un soir, jamais il ne le répétera, un ange incognito, saint Goldman en personne
Vint tout péter, la tristesse à la guitare
Mais il leur fit jurer de ne rien dire aux journalistes :
Il ne veut plus les voir…
Poilu comme un yéti,
Il partagea
Avec la star des stars
Un plat de spaghettis
Bolognaise.
Le saint prenait ses aises.
C’est un petit homme simple :
« On s’est pas déjà vu ? T’as une tête de chanteur.
Un clip, un chœur ?
T’es passé dans un film ?
Ne le dis à personne, je cherche des choristes.
Je repars en tournée, l’humanité est triste.
Je peux plus vivre avec. »
Il lui parle Gibson
Qu’il connait comme personne.
L’autre répond cithares et cantiques hébraïques.
La star a comme un tic :
Ce type, il a un truc,
La prestance d’un duc
Sous sa barbouille attique.
Où l’a-t-il déjà vu ? La question le taraude.
Sous le vin ses yeux verts semblent des émeraudes.
Il se tâte, il hésite,
Puis lui donne soudain sa carte de visite
En disant : « C’est ta chance.
Ton audition ? Demain ! Essaie d’être à l’heure. »
Pas de montre ?
Il lui donne la sienne :
Une petite Swatch
Venue tout droit de Chine.
Entre eux deux se dessine
Comme un tango de catch.
Sur ses mains cravelées ,
Il voit des barbelés,
Des tâches de vieillesse :
Les muscles autrefois forts
Qui dépassent des manches
Sont signe d’un coureur
Qui traversait la Manche
En marchant sur les flots.
Goldman a un sanglot :
Il tient un léopard.
L’humble en lui se retient
De s’exclamer : « Putain ! »
Au réel salopard.
L’autre pleure à bouillon
Et comme un grand couillon
Baise la main du prince.
« Ne me remercie pas.
Demain, peut-être, j’en sais rien, ça n’ira pas
C’est dur, tu sais, la scène.
C’est pas la charité.
Là, je te parle en pro :
Tu peux venir ici
Écouter tous les oufs
Tant qu’il nous reste un peu
De bouffe.
Pas gagné.
Mais demain c’est le show, aime ou meurs, marche ou crève.
C’est pas dit que ça colle. »
Do ré mi la fa sol :
Il reprend sa guitare.
Le pauvre est effondré :
Jean-Jacques lui fait la bise.
Il vient donc d’y entrer
A sa barbe et son nez
Au sommet du show-biz.
Un ange passe.

*

Une petite sœur
Qui a vu en silence
La scène et pleure aussi
S’approche du pouilleux et le blanc de son voile
Semble soudain s’enfler des lumières des Madonnes.
Elle n’a que faire, la sœur,
Chaste et pure fontaine,
Qu’on l’appelle « enfoirée » :
Elle est là pour servir.
Dieu vient pour les malades.
Le pauvre la regarde
Et son pouls par saccade
Tremblant et tsunamant d’un géant Parkinson
Croit voir en l’humble sœur
Marie-Mère en personne.
Elle s’approche de lui,
Doucement prend sa main,
Lui dit : « Je te connais
Et je t’ai vu souvent
Roder près des églises.
J’ai voulu te parler mais tu m’as toujours fuie.
Je t’ai cherché souvent au milieu de la nuit.
Je voulais que tu viennes.
Il n’y a pas grand-chose.
On est pauvres tu sais
Mais le peu que l’on a
Toujours on le partage.
La toiture a des fuites,
Ça fait infiltration.
On nous vole l’argent
Que l’on met pour les cierges
Mais nous ouvrons la porte
Comme le veut saint Serge
Aux enfants des nations
Sans distinction aucune.
Tu ne peux pas rester comme ça :
Tu es laid à faire peur.
Si tu veux ce boulot,
Il te faudra de l’eau
Fraîche sur le visage.
J’ai un peu de parfum :
Allure édition blanche.
Je crois que ça t’ira.
Il m’a été donné
Par un ami défunt
Pour parfumer les pauvres.
Je peux tailler ta barbe
Et tes cheveux tu sais :
Avant d’être au couvent,
J’ai fait un CAP.
Mais tu pleures, encore, allez, il faut que tu te mouches.
Depuis quand, petit roi, n’as-tu plus pris de douche ?
J’ai un ami
A la Mosquée
Qui peut te faire entrer
Par tendresse au hammam.
C’est un bon musulman
Pas un théologien
Et moi je ne suis
Qu’une petite abeille.
Il faut que tu essaies
De nous prendre la main. »

*

Le léopard se lève et son nom est Arnoux.
Devant une anonyme il se met à genoux.
Très vite, elle le relève.

*
Le lendemain, rasé et enfin raisonnable,
Puant l’allure
Droit dans sesboots,
Chantant l’espoir
Sur la portée
Des cicatrices,
Il a la gueule
Qui canonise
D’un nouveau blouson noir.
La coupe est magnifique :
Crinière.
Car Marie n’œuvre pas
Qu’au chevet des civières :
Elle sert aussi le Beau, elle aime quand ça chante
Et plus on la fréquente
Et moins on en est fier ;
Car Elle nous aime tous
C’est son épée au cœur :
Les cathos et les gays
Les trans et les rockeurs.
Pour payer ces habits,
Cet uniforme de scène,
Elle a vendu son sang et s’est ouvert les veines.
Un dealer a dit oui :
« Ça plairait aux gothiques. »
Le porc.
Et pour qu’il obtienne
Au moins un petit stage,
Elle a rayé
De la paroisse
Cinq mois de son chauffage.
Mais ça a de la gueule.
Elle est fière de son fils :
Il est spirituel.
Il devient même beau
Comme un mégot de feu
Ramassé au hasard
Des ruelles.
Pour Elle, rien n’est moche
Et c’est bien ça qui cloche :
Elle en est surhumaine
Et tout est comme si
Les plus puissants Messies
Lui devaient allégeance.
On dit toujours « maman »
Quand une fois enfant
Est passée la fréquence.
Arrivé dans le hall
D’un air de rien, il ôte
Son blouson de cuir noir comme autrefois Musset
Ôtait sa redingote :
Perinde ac cadaver.
Ses concurrents
Amers
Le regardent
Comme un rien de travers.
Sur son front dégagé s’étale une brûlure
Comme s’il avait ici porté une étoile.
Il dévore une fille
Des yeux
Comme un chien l’os à moëlle.
Marie lui a taillé la barbe des sultans.
Il remplit tellement l’air qu’il devient insultant
Sans rien faire.
Problème.
La porte s’ouvre alors et Goldman -
Il aime bien tout faire -
Laisse échapper un « Waou !!! »
Qui court et qui résonne
Au cœur du suicidaire.
Un tout petit studio -
Il ne faut pas plus -
Modeste et efficace :
Il n’aime pas le chic.
« Tu t’assoies ? »
Aucun hic.
Un peu impressionné
Par la métamorphose
Le chanteur se reprend.
D’une voix neutre, il ose :
« Bon, beh, faut commencer.
Quel est ton instrument ?
Est-ce que tu sais danser ?
J’ai même pas demandé,
Dit-il un peu plus fort
Au resto, si t’étais
Ou bien basse ou ténor ?
Le CV on s’en fout :
Ce que je vois me plait.
Peut-être pas pour moi.
Tu sais, j’ai des amis
Tout plein.
Si ça colle pas avec moi, rien n’est perdu.
Rien n’est joué d’avance.
La voix non plus c’est pas très grave :
J’ai chanté trop aigu et soulevé les foules
Mais si rien qu’un instant ce que tu vends les saoule
Tu auras un mal fou à revenir vers eux
Quelle que soit ta lumière.
Faut les aimer, c’est tout, même si les journalistes te crachent à la gueule.
Ils se sentent si seuls.
Faire une bonne action :
Nourrir les rédactions
Qui n’ont que nous pour vivre.
Chacun ses pauvres.
J’ai l’impression qu’on se connait.
Je ne sais pas pourquoi
Et plus j’y réfléchis
Et plus ça me dérange.
Je t’ai même pas d’mandé
Pardon
Hier après l’concert
Ton nom. »

*

Le sultan se redresse, sa cicatrice au front
Se met à scintiller d’une lumière immense.
Le saint en a vu d’autres dans sa vie bien remplie,
Ces riens qu’on ne dit pas lorsque revient la nuit,
Mais là, ça l’impressionne.
Le damné lui répond :
« Je suis l’ange de feu, le roi, le procureur,
Le dernier des vampires,
Lucifer en personne.
Hier Dieu était mort et j’étais au chômage
Technique.
Plus personne ne croyait en moi :
Panique.
Mais aujourd’hui, tu vois, je suis dans un état
A faire reculer les boucles de Lestat.
Elles sont si blondes.
J’ai vécu mille époques, chanté mille épopées
Sur tous les tons et tous les modes.
Moi, j’ai toujours aimé
Chez les Juifs, chez les Goys,
Le frisson que tu sens
Quand tu joues les bads boys :
Ça les excite.
Il fallait bien quelqu’un
Pour se salir les mains.
Moi, j’étais volontaire
Et je le suis toujours.
J’ai retrouvé la Foi !!!
L’archange Liberté
Avait chanté à Dieu :
« Ce serait tellement beau
Un truc après le singe.
Père, crée encore ! »
J’ai répondu : « Faut voir
Ce serait beau peut-être
Mais ce ne serait pas juste
Pour les singes
Qui n’ont rien fait à personne
Et méritent peut-être,
Père,
D’être considérés comme le chef-d’œuvre de ta science. »
Le Père trancha pour l’homme
Et il fut décidé
Que de Byzance à Rome
Je pourrai le tenter
Ad libitum.
C’est un sacré boulot :
J’ai la satisfaction
D’avoir toujours raison
Mais tout à l’intérieur
Au fond de moi je pleure :
Je voudrais avoir tort !
Le réel me résiste.
Je signe et je persiste
Car je suis en mission.
Ah, c’est un sacré job
De trouver tous les Jobs,
De leur chier dessus pour voir s’ils chantent encore.
Je suis un forgeron
Et un torréfacteur.
Je donne la douleur.
J’ai rendu fou Néron.
Autrefois, on m’aimait, on comprenait mon rôle.
De temps en temps j’épargne
Un saint
A titre d’exception
Qui confirme la règle.
J’ai des dossiers partout, sur tous et tout le monde.
Rien ne m’échappe, délation multivers.
J’ai porté le Graal, sur mon front : Lucifer !
Personne au paradis n’en fut jugé plus digne.
Sa lumière de sang répandue sur le monde
A brûlé à jamais ma chair immatérielle.
Toi tu veux des chansons, j’en ai des kyrielles.
C’est mon « Eh Oh ! » de nain : je chante, Jésus râle.
Je ne suis pas assez fort.
Lui vous aime.
Moi je n’aime que Lui.
Je suis tombé pour Le servir.
Je suis le diamant, le dernier anti-pape.
J’aime beaucoup la pop :
C’est cool, c’est gai, ça bouge
Je t’ai connu
Gamin
Lorsque tu chantais
« Rouge ».
Je demande un contrat dans les règles
Pour travailler un peu, il se fait tard, j’ai faim !!!
Autrefois, il y avait un petit peu de pain
Toujours à table.
Je postule because
Le siècle XXI me met en overdose
Je sais tout faire, tu sais, et je peux tout jouer.
Je vous connais par cœur :
Vous êtes faibles
Hormis quelques rockeurs
Qui font la joie du monde.
Église le dimanche, je sais jouer de l’orgue,
Accepter humblement qu’on me prive d’hostie
Faire chanter la pierre
A jeun !
Mais en semaine, il faut rendre à César l’impôt des pièces d’or.
Tu me mets où tu veux, je t’explose la scène.
On se fait un boys band ?
Chiche !
On rappelle les Spice Girls ?
Pourquoi pas ?
C’est toi le boss,
Moi l’employé.
Je me mets au service
De ta légende. »
Saint Goldman réfléchit.
Il a beaucoup appris et écoute son cœur.
Il demande tout bas :
« Ce qui serait sympa,
C’est que tu ailles
Vite à la DRH
Signer tous les papiers -
Tu verras ça prend deux secondes -
Et qu’après ça on fonde
Un truc pour le spectacle.
Ce n’est pas un cénacle
Mais on se défend bien. »
Brûlant de reconnaissance
Dans la joie des naissances
Il tend à son patron
L’écaille d’un dragon
Qu’il s’arrache du cœur
Elle est si belle et noire
Qu’elle donnerait l’espoir
A Judas dans la nuit
La plus obscure et laide
« Mais où l’as-tu trouvée ? Dit Goldman ébloui
_ Ne sais-tu que j’ai, privilège inouï,
Le cœur tendre et secret des titans invincibles ?
C’est pas mal c’que tu fais, mais pour le cœur de cible
Ça pourrait être encore
Mieux de pop et de rock
Si t’ajoutais au stock
Un nouveau médiator. »
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feuilledarbre
Bipote Diamant

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Inscrit le: 16 Oct 2008
Messages: 2 024

MessagePosté le: Jeu 26 Mar 2015 - 19:34    Sujet du message: Les mots du dragondeau Répondre en citant

je "like" aussi :-) même si mes goûts me portent vers tes premiers textes plus courts et plus denses.
Continue STP !
à bientôt
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Dragondeau
Bipote Emeraude

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Inscrit le: 05 Jan 2015
Messages: 62

MessagePosté le: Dim 29 Mar 2015 - 20:43    Sujet du message: Les mots du dragondeau Répondre en citant

Bonsoir,

Merci feuilledarbre pour tes commentaires. C'est vrai que ce poème est vraiment très long... et que j'ai pas le talent de Musset. On fait comme on peut.

Une petite fusée pour ce soir.

MÉLANCOLIE

A l'infini, je veux gémir
A l'infini Mélancolia.
A l'infini, je veux maudire
Le destin qui nous spolia.

Nous ne voulions qu'un peu de pain,
Un peu d'eau fraîche et deux olives.
Et l'eau mêlée et l'eau mêlée et l'eau mêlée
De nos salives.

Oh, si doux souvenirs, oh, dolce piacere...
Qu'as-tu fait mon amour pour me fair' tant de peine ?
It's not fair, mon amour, je brûle ton cantilène.

Oh, si doux souvenirs, oh, dolce piacere...
Maintenant, ça suffit, noli me tangere.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 14:13    Sujet du message: Les mots du dragondeau

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