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Un texte de Walter Benjamin

 
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Tropik
Bipote Emeraude

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MessagePosté le: Ven 29 Mai 2015 - 13:15    Sujet du message: Un texte de Walter Benjamin Répondre en citant

Bonjour à tous,

ça fait longtemps que je ne suis pas venue ici, et pour cause, je me sens un peu plus éloignée de la maladie et de la question dans ma vie d'aujourd'hui. Pour autant, il arrive que les séquelles reviennent au galop. Avec douleur, colère, révolte, écoeurement...

Désolée du coup, j'avais dit que je reviendrais écrire du positif et j'arrive avec un texte au titre peu flatteur à priori. Et pourtant... En le lisant, je me suis dit "c'est ça" ! C'est ce que j'ai vécu en tout cas. Pendant trois ans.

Il faut remettre ce texte dans le contexte de l'avant-guerre et des balbutiements de la psychanalyse pour ne pas mal prendre le tout et faire abstraction d'un certain vocabulaire. J'espère que vous aurez l'indulgence de le faire. Mais sur le fond ? Est-ce que l'un de vous pourrait m'éclairer et me dire "oui, il y a de ça", ou "non, à mon avis, rien à voir".

Merci à vous.


Le texte donc...


Le caractère destructeur (20 novembre 1931)

Jetant un regard rétrospectif sur sa vie, il se pourrait qu'un homme se rende compte que presque toutes les relations approfondies qu'il a connues avaient trait à des personnes dont tout le monde admettait le "caractère destructeur". Un jour, par hasard peut-être, il ferait cette découverte, et plus le choc qu'elle lui causerait serait violent, plus il aurait de chances de parvenir à dresser un portrait du caractère destructeur.

Le caractère destructeur ne connaît qu'un seul mot d'ordre : faire de la place ; qu'une seule activité : déblayer. Son besoin d'air frais et d'espace libre est plus fort que toute haine.
Le caractère destructeur est jeune et enjoué. Détruire en effet nous rajeunit, parce que nous effaçons par là les traces de notre âge, et nous réjouit, parce que déblayer signifie pour le destructeur résoudre parfaitement son propre état, voire en extraire la racine carrée. A plus forte raison, on parvient à une telle image apollinienne du destructeur lorsqu'on s"aperçoit à quel point le monde se trouve simplifié dès lors qu'on le considère comme digne de destruction. Tout ce qui existe se trouve ainsi harmonieusement entouré d'un immense ruban. C'est là une vue qui procure au caractère destructeur un spectacle de la plus profonde harmonie.
Le caractère destructeur est toujours d'attaque. Indirectement du moins, c'est la nature qui prescrit son rythme ; car il doit la devancer. Faute de quoi, elle se chargera elle-même de la destruction.
Le caractère destructeur n'a aucune idée en tête. Ses besoins sont réduits ; avant tout, il n'a nul besoin de savoir se qui se substituera à ce qui a été détruit. D'abord, un instant du moins, l'espace vide, la place où l'objet se trouvait, où la victime vivait. On trouvera bien quelqu'un qui en aura besoin sans chercher à l'occuper.
Le caractère destructeur fait son travail et n'évite que la création. De même que le créateur cherche la solitude, le destructeur doit continuellement s'entourer de gens, témoins de son efficacité.
Le caractère destructeur est un signal. De même qu'un repère trigonométrique est exposé à tout vent, il est exposé à tous les racontars. Vouloir l'en protéger n'a pas de sens.
Le caractère destructeur ne souhaite nullement être compris. A ses yeux, tout effort allant dans ce sens est superficiel. Le malentendu ne peut l'atteindre. Au contraire, il le provoque, comme l'ont provoqué les oracles, ces institutions destructrices établies par l'Etat. Le phénomène le plus petit-bourgeois qui soit, le commérage, ne surgit que parce que les gens ne souhaitent pas être mal compris. Le caractère destructeur accepte le malentendu ; il n'encourage pas le commérage.
Le caractère destructeur est l'ennemi de l'homme en étui. Ce dernier cherche le confort, dont la coquille est la quintessence. L'intérieur de la coquille est la trace tapissée de velours qu'il a imprimé sur le monde. Le caractère destructeur efface même les traces de la destruction.
Le caractère destructeur rejoint le front des traditionalistes. Certains transmettent les choses en les rendant intelligibles et en les conservant ; d'autres transmettent les situations en les rendant maniables et en les liquidant. Ce sont ces derniers que l'on appelle les destructeurs.
Le caractère destructeur possède la conscience de l'homme historique, son impulsion fondamentale est une méfiance insurmontable à l'égard du cours des choses, et l'empressement à constater à chaque instant que tout peut mal tourner. De ce fait le destructeur est la fiabilité même.
Aux yeux du caractère destructeur rien n'est durable. C'est pour cette raison précisément qu'il voit partout des chemins. Là où d'autres butent sur des murs ou des montagnes, il voit encore un chemin. Mais comme il en voit partout, il lui faut partout les déblayer. Pas toujours par la force brutale, parfois par une force plus noble. Voyant partout des chemins, il est lui-même toujours à la croisée des chemins. Aucun instant ne peut connaître le suivant. Il démolit ce qui existe, non pour l'amour des décombres, mais pour l'amour du chemin qui les traverse.
Le caractère destructeur n'a pas le sentiment que la vie vaut d'être vécue, mais que le suicide ne vaut pas la peine d'être commis.

Walter Benjamin
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MessagePosté le: Ven 29 Mai 2015 - 13:15    Sujet du message: Publicité

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feuilledarbre
Bipote Diamant

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Inscrit le: 16 Oct 2008
Messages: 2 024

MessagePosté le: Ven 29 Mai 2015 - 20:12    Sujet du message: Un texte de Walter Benjamin Répondre en citant

Salut Tropik

Alors mon avis : texte bien écrit, assez intéressant, mais qui n'a absolument rien à voir avec le trouble bipolaire. Voilà voilà ... ;-)

En plus, je n'adhère pas du tout à cet "étiquetage".

Je pense pour ma part que l'être humain atteint ou non de bipolarité est capable du meilleur comme du pire : il peut être entraîné, ou s'entraîner tout seul, dans des spirales vertueuses ou néfastes à différentes périodes de sa vie, il peut se ressaisir, il peut plonger, construire de belles choses puis à un moment donné réaliser que ce qu'il a construit ne lui convient plus et faire table rase, sur un coup de tête ou de façon raisonnée..

La destruction n'est pas négative en soi (on détruit bien les immeubles vétustes)

Je trouve que théoriser sur les "caractères destructeurs" est choquant.

C'est comme dire "untel est un pervers narcissique", ça me choque.
Untel peut avoir instauré une relation toxique ou perverse avec telle ou telle personne (une relation victime/ bourreau/sauveur par exemple) mais ce n'est pas pour autant qu'Untel se comportera en pervers narcissique avec tout le monde.

Enfin c'est ce que je pense, mais j'ai une foi inébranlable en l'être humain .. :-)
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Tropik
Bipote Emeraude

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Inscrit le: 07 Fév 2015
Messages: 4

MessagePosté le: Sam 30 Mai 2015 - 07:38    Sujet du message: Un texte de Walter Benjamin Répondre en citant

Merci feuilledarbre, pour ton témoignage qui élargit du coup ma vision des choses et m'aide à séparer ce qui devait être lié à la personne (certes bipolaire mais beaucoup d'autres choses aussi...) de ce qui était lié à sa maladie.
Ce texte est un fabuleux portrait de cette personne et de ce que j'ai ressenti et vécu à ses côtés. Mais probablement que ça se limite à ça : à cette personne, à cette mauvaise construction d'elle, de nous, à sa non "gestion" de son trouble et j'en passe.

Effectivement, les généralités sont souvent dangereuses... Quoique... je crois aussi profondément en ce qui nous est commun car, je partage ta foi inébranlable en l'être humain... Je crois qu'il faut savoir garder cela aussi : être capable de ne pas se distinguer tout en affirmant ses singularités ! Tout un art pour ne pas tomber dans les écueils du grégaire, du grossier, certes, mais aussi de l'artiste maudit, de la victime de tout rejetée de tous.

Ceci dit donc, les balbutiements de toute connaissance commencent par des généralités. Je crois que Benjamin est de l'époque des généralités de la psychanalyse. Il est bon de souligner que nous n'en sommes effectivement plus là mais pour comprendre son texte dans ses contenus, il faut aussi faire abstraction de ce travers. Car au delà ?

Je ne trouve pas ce texte stigmatisant ni si négatif. Je le trouve assez... assez hautement partagé... exactement dans la position où l'on se trouve éternellement, en tant que proche, face à la maladie en fait (éternellement dans le sens du "même quand nous n'y sommes justement plus face). Je le postais donc aussi comme "témoignage de ressenti de proche", si tout de fois un témoignage de ressenti de proche mais éloigné de vous (donc sans affect) peut vous éclairer aussi.

L'image que j'ai de mon histoire est bien celle-ci : moi qui cherche coute que coute à bâtir quelque chose de solide et de commun, et l'autre qui dit (et pense je le crois) apporter des pierres en fait invisibles. Un édifice plein de trous (qu'on me demande sans cesse de remplir mais que je refuse car refuse de construire seule. Tout l'intérêt de construire est de le faire ensemble) et au final un château qui s'écroule avec moi qui pleure et l'autre qui jouit... et qui pleure mais à retardement.

C'est triste.

Je ne sais pas si on peut faire des généralités, ni même à quoi ça servirait, mais je dirais d'une part, pour ce qui est singulier et appartient à mon histoire, que cet esprit était, par phase, extrêmement destructeur, au delà d'ailleurs de notre histoire, dans toute la construction de sa vie. Et j'ai peur que l'épuisement à tout rebâtir sans cesse ne se fasse sentir pour elle bien prématurément. Car un tel fonctionnement est juste "usant".

Et puis, de manière plus générale (car témoigner ici et tenter de mettre en commun les expériences visent en soit à comprendre par une forme de "généralité"), je me pose la question de savoir si le trouble bipolaire n'est pas lié à une question tout à fait sociétale et pour le coup beaucoup plus large (qui touche à mon sens à beaucoup d'autres pathologies et à beaucoup d'autres "simples" petites difficultés d'existence... de problème de, justement, "mise en commun".
J'en sais rien hein. Je me pose la question.
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feuilledarbre
Bipote Diamant

Hors ligne

Inscrit le: 16 Oct 2008
Messages: 2 024

MessagePosté le: Sam 30 Mai 2015 - 08:24    Sujet du message: Un texte de Walter Benjamin Répondre en citant

Salut Tropik

Je comprends bien, et je peux très bien imaginer qu'en lisant ce texte tu aies été bouleversée parce qu'il décrit le bout de chemin que tu as essayé de parcourir avec l'autre.

D'ailleurs, ce texte m'a fait m'interroger en toute honnêteté : est-ce que mon ex a pu ressentir cela à la fin de notre relation ?
S'il venait témoigner sur le forum, je pense qu'il dirait "oui par certains côtés" , car le texte décrit très bien la volonté de "s'alléger", de déblayer, faire table rase, avec quelque part l'illusion qu'on se libèrera aussi de soi-même, de son mal-être.

Mais voici les raisons qui me font t'affirmer à coup sûr que ça n'a rien à voir avec le trouble bipolaire :

- Ce texte affirme que le " caractère destructeur" évite la création : or de nombreux artistes et créateurs sont/ont été atteints de psychose maniaco-dépressive/trouble bipolaire. D'ailleurs ici de nombreux Bipotes créent, de manière viscérale : écrivains, peintres, réalisateurs, chanteurs .. (voir la rubrique "artistique"). Et surtout, au delà de la création artistique, de nombreux Bipotes ont créé un environnement affectif solide et stable : un couple, des enfants, une famille ... et se battent coûte que coûte avec beaucoup d’énergie pour protéger leur oeuvre de leurs fluctuations d'humeur

- Ce texte affirme que le "caractère destructeur" est "toujours d'attaque" . CQFD. Nous sommes l'inverse de "toujours d'attaque" ..

- "Le caractère destructeur ne souhaite nullement être compris" : tu liras à travers les témoignages que nous avons un besoin criant d'être compris ..

- La caractère destructeur "voit partout des chemins. Là où d'autres butent sur des murs ou des montagnes, il voit encore un chemin" : je pense qu'au contraire nous voyons souvent des murs ou des montagnes là où les autres voient des chemins ..

Bref, merci d'avoir posté ce texte qui provoque la réflexion. Mais pour tout te dire, je me demande si ce texte n'a pas été écrit lui aussi sous le coup d'une rupture amoureuse douloureuse et si, en réalité, il ne ferait pas le portrait d'une personne en particulier ayant fait souffrir ce fameux Walter Benjamin ... en le relisant, je ne me l'explique que comme ça ..

Bonne journée
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 04:42    Sujet du message: Un texte de Walter Benjamin

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