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Témoignage : Lise, bipolaire

 
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Team bipote
Bipote Saphir

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MessagePosté le: Mer 24 Juin 2015 - 21:20    Sujet du message: Témoignage : Lise, bipolaire Répondre en citant

http://www.lexpress.fr/styles/psycho/lise-bipolaire-les-autres-ne-peuvent-p…




Lise, bipolaire: "Les autres ne peuvent pas soupçonner ma face cachée"





"J'ai l'impression d'entrer dans une nouvelle normalité", témoigne Lise après de multiples traitements pour mieux vivre sa bipolarité.



Lise Huret, co-fondatrice du site Tendances de Mode, a souffert d'anorexie avant d'être diagnostiquée bipolaire en 2010. Aujourd'hui, à 32 ans et après plusieurs traitements, elle mesure le chemin parcouru dans sa quête d'apaisement.

J'ai vécu mon enfance dans une sorte de maison enchantée. Avec mes cinq soeurs et mon frère -je suis la quatrième-, nous formions une grande fratrie. Mon père était kiné, ma mère prof d'Histoire, puis elle s'est arrêtée de travailler pour nous élever. Nous vivions dans un petit village du Nord-Pas-de-Calais. J'étais une enfant pleine de vie et d'imagination. Nous étions très libres, un peu coupés du monde. Notre grand-père paternel vivait avec nous. Il dégageait une force tranquille qui m'apaisait. 

Quand il est décédé, à 92 ans, j'avais 11 ans. Du jour au lendemain, toutes les forces de la maison ont été chamboulées. Mon père est devenu le chef de famille, mais ça n'était pas la même chose. Au collège, ça se passait moyen. J'étais vue comme une enfant turbulente, dissipée. Je ne comprenais pas pourquoi il y avait des règles. Je ne travaillais pas.  

"Je me sentais extérieure à mon propre corps"
 
 
A 14 ans, en troisième, je suis sortie avec mon premier petit ami: Julien [son futur mari]. J'étais très amoureuse, mais on s'est séparés à la fin de l'année scolaire: je ne le trouvais pas assez entreprenant. En seconde, je suis partie en pension à Lille, dans un lycée qui proposait des cours de théâtre. Là, je suis tombée amoureuse d'un surveillant, Thomas*. A la fin de l'été, il m'a quittée pour quelqu'un d'autre. Cette rupture m'a brisée. Peu à peu, je me suis mise à manger moins. Je me disais: "Il ne t'a pas aimée, toi, donc maintenant il faut que tu deviennes quelqu'un d'autre." J'ai fait trois lycées en quatre ans. Je sortais avec plein de mecs mais je ne ressentais plus rien. Je me sentais extérieure à mon propre corps. En terminale, je suis devenue hyper anorexique. Je travaillais à fond, ça allait avec mon nouveau désir de perfection. J'avais des super notes. J'ai décroché mon Bac L, option théâtre, avec la mention Bien. 

Avant d'entamer des études de droit -je souhaitais devenir commissaire-priseur-, je suis partie seule en vacances en Égypte avec mon père. Au cours de ce séjour, trois personnes sont spontanément venues me voir pour me parler de ma maladie. Ca m'a permis de mieux prendre conscience de ce qui m'arrivait. Ces vacances très douces constituent un moment charnière dans ma vie: j'avais mon père pour moi toute seule, à mon écoute, et la nourriture m'était servie dans un cadre nouveau, différent, agréable. 

"J'avais l'impression que je n'étais pas montrable"

A mon retour, j'ai réintroduit plein de choses dans mon alimentation. J'ai fait deux mois de droit, puis j'ai réalisé que j'avais plutôt envie de faire de la mode. J'ai intégré Esmod à Roubaix, mais les cours ne m'intéressaient pas. Seule la troisième année d'école, centrée sur les costumes de scène, à Paris, m'a intéressée, mais je n'allais en cours qu'un jour sur deux. La moitié du temps, j'avais l'impression que je n'étais pas montrable. J'ai eu mon diplôme -ça n'était pas très dur- puis je suis partie aux Etats-Unis, à Philadelphie, en tant que jeune fille au pair, pour améliorer mon anglais. J'étais dans une famille francophone, en banlieue. Si j'avais été en France ça aurait été pareil, sauf que là, il y avait plus de bouffe. Je suis devenue boulimique. J'ai pris 15kg en six mois.  

A mon retour, je ne rentrais plus dans mes fringues. Or j'avais besoin d'un boulot. Je me suis donné six mois pour retrouver un corps qui me permettrait de me sentir à nouveau montrable. Je me suis lancée dans un régime super strict, mais comme je n'étais plus anorexique, tous les trois jours, je craquais, m'enfonçant dans un cercle vicieux. J'ai quand même perdu du poids car je faisais beaucoup de sport. Au bout de six mois, je m'étais délestée de 12kg. Je me trouvais toujours moche, mais je pouvais chercher un boulot. 

J'ai décroché un entretien à Lyon, chez Z, l'enseigne pour enfants. Au même moment, Julien m'a appelée. Il habitait Paris. On s'est revus et on est retombés amoureux. J'ai eu le poste, mais Julien préférait que je m'installe avec lui à Paris. J'ai accepté. J'avais 23 ans. Au bout de six mois, il m'a demandé de l'épouser. On s'est mariés, puis on a décidé de créer une marque de fringues pour enfants, Les petits zigotos. On s'est installés à Honfleur. 

"Mon humeur jouait à la roulette russe"

Peu à peu, je me suis rendu compte que j'avais des accès de violence. Il m'arrivait même d'avoir envie de taper Julien. J'ai alors eu une grosse prise de conscience: alors que jusque-là, je croyais que je n'allais pas bien parce que ma vie n'était pas celle que je voulais, là, j'étais amoureuse, d'un homme qui m'aimait, je n'étais plus chez mes parents, j'exerçais un métier qui m'intéressait, bref sur le papier tout allait bien, et pourtant ça n'allait toujours pas. J'étais prise d'angoisses énormes quand quelqu'un m'invitait à dîner. Chaque matin, mon humeur jouait à la roulette russe. Je pleurais sous ma douche. Quand ça n'allait pas, je restais prostrée dans mon lit, émettant des envies de changements drastiques. 

Au début, Julien a pris ce que je disais pour argent comptant, essayant de trouver des solutions à tout. Au bout de six mois, il a compris qu'il y avait un problème. Je suis allée voir une psy à Deauville. Elle m'a prescrit de l'Effexor, un antidépresseur. Les pulsions de violence ont disparu, mais ma vie ne s'est pas vraiment améliorée. D'autant moins qu'au même moment, notre marque s'est cassé la figure. 

En 2007, on a lancé notre site, Tendances de Mode. Au début, j'y écrivais trois articles par jour, tandis que Julien s'occupait de l'aspect technique et du référencement. C'était assez prenant. Au bout d'un moment, on a pu en vivre, mais au départ, ça n'était pas le cas. Au quotidien, la nourriture était un sujet compliqué. On ne mangeait pas la même chose. Julien ne pouvait rien me dire, j'étais ultra susceptible. Le moindre temps de réponse pouvait me rendre folle si je sentais une micro fissure dans son regard sur moi. Je faisais deux heures de sport par jour pour compenser mes pics de compulsions. 

"On s'aimait d'un amour fusionnel, mais ça ne m'empêchait pas d'avoir régulièrement envie de sauter par la fenêtre"

C'était dur, pour l'un comme pour l'autre. On s'aimait d'un amour fusionnel, mais ça ne m'empêchait pas d'avoir régulièrement envie de sauter par la fenêtre. Je n'étais pas fiable: souvent, j'avais envie d'aller à un rendez-vous, mais il m'était physiquement impossible de m'y rendre. Des amis sont partis, lassés de mon inconstance. Cette alternance de moments d'euphorie et de déprime restaient très cachée: même ma famille n'en savait rien. En cela, c'était très différent de l'anorexie, qu'on ne peut pas ne pas voir et qui désarçonne tout le monde.  

En 2010, nous avons emménagé à Paris. Sur un coup de tête, j'ai arrêté mon traitement. On s'est retrouvés aux urgences de Sainte Anne. Là, pour la première fois, une psychiatre m'a dit que j'avais des troubles de l'humeur. Elle m'a prescrit de la Depamide, un antiépileptique qui ne me soignait qu'à 30%. Je suis allée la voir toutes les semaines, mais je n'avais pas l'impression d'avancer. Elle me disait que le médicament n'aurait de l'effet qu'au bout d'un an. Six mois plus tard, elle m'a diagnostiquée bipolaire. Tout ça n'en restait pas moins flou. 

Peu après, avec Julien, nous avons décidé de partir nous installer à Vancouver. C'est l'avantage avec notre site: une connexion Internet nous suffit pour pouvoir travailler. Nous avions envie de faire un bébé. Là-bas, j'ai fait la connaissance d'une psychiatre très douce. Je lui ai parlé de mon envie d'enfant. Pour cela, il fallait que je change de traitement. Elle m'a proposé de passer au Xeroquel, un médicament révolutionnaire avec lequel je pouvais être enceinte.  

 
 
Vancouver s'est révélé un cadre de vie très agréable. Peu à peu, mon corps s'est affiné. Pas parce que j'étais au régime mais parce qu'on faisait tout à pied. Au bout d'un an, j'avais l'impression d'être guérie tant mon énergie était devenue stable.  Je suis tombée enceinte. Chaque matin, j'avais la trouille que les choses changent, mais non, je continuais de bien aller. Et puis la fin de notre visa est arrivée. Je voulais accoucher au Canada pour permettre à notre enfant d'avoir la double nationalité, mais ça n'était pas possible. On est rentrés à Paris. "Je pensais aussi que la maternité allait me faire devenir adulte"Là, jusqu'à l'accouchement, tout s'est bien déroulé. Je me sentais fière de mon nouvel équilibre. A la naissance de Charles, je n'ai pas souffert. J'ai vécu l'accouchement comme quelque chose d'irréel. Avec le recul, je crois que j'aurais aimé que ça se passe autrement, que je ressente les choses plus intensément afin d'éprouver véritablement une sorte de passage. Je m'attendais à ce qu'une relation sacrée s'établisse immédiatement avec mon enfant, mais ça ne fut pas le cas. Je l'aimais, mais je ne ressentais aucun déversement d'amour. J'étais juste moi, avec un enfant. Je pensais aussi que la maternité allait me faire devenir adulte, me faire devenir femme. Ça ne fut pas le cas non plus. J'étais désarçonnée. Je pensais enfin pouvoir entrer dans une case, mais ça ne marchait pas comme ça. 

Je n'ai pas pris de congé maternité. Julien et moi nous sommes occupés de Charles à tour de rôle. Assez vite, le sommeil haché et la fatigue ont fait ressurgir certains troubles. Les phases de mélancolie et d'angoisse sont revenues. Au bout de six mois, nous avons pu faire garder Charles, mais les oscillations n'ont fait qu'aller en s'empirant, jusqu'à ce que je retrouve tous les symptômes de ma bipolarité. 
Cette maladie s'avère très différente d'une personne à l'autre. Certaines peuvent avoir des phases up ou down de plusieurs mois. Moi, à ce moment, j'avais plutôt deux jours bien, puis trois jours pas bien. Pas bien, "en bas", ça veut dire plein d'angoisses vis à vis du quotidien, la peur de ne pas y arriver, se sentir affreuse. Avoir l'impression que tout va s'effondrer, que rien n'est stable, que Julien va me quitter parce qu'il ne m'aime plus, que tout ce que je fais c'est de la merde. Des accès de boulimie, l'énergie à zéro, l'arrêt du sport. L'impossibilité de voir quelqu'un, de sortir de la maison. Avec le temps, j'ai appris à ne pas trop parler pendant ces périodes, tant je sais que ce que je pense alors est généré par des angoisses sans lien avec la réalité. 

"Les gens prennent mes baisses de moral pour un manque de volonté"

Les périodes de "haut", au contraire, sont des moments de grande excitation. Je fais beaucoup de sport, mon alimentation est réduite, j'ai l'impression très agréable que je peux tout faire. Je fais plein de projets, je suis très positive. Je prends des rendez-vous, j'ai envie de voir plein de gens. Avec les autres, je suis excessivement joyeuse, enthousiaste, gentille. Les gens m'aiment beaucoup, trouvent que je vais bien. Ils ne peuvent pas soupçonner ma face cachée. Quand je leur dis, ils ont même du mal à me croire. Ils prennent mes baisses de moral pour un manque de volonté. 

C'est le drame de la bipolarité: les mots qu'on utilise pour définir notre état sont les mêmes que ceux des gens normaux. Du coup, ils ne comprennent pas pourquoi, quand ça ne va pas, on n'arrive pas à se remettre en selle. Un jour, alors que je n'étais pas encore maman, l'une de mes soeurs m'a dit: "Une fois que tu auras un enfant et que tu habiteras ailleurs, ça ira mieux." Or ça n'était pas mon environnement qui pouvait changer quelque chose à mon état. On a déménagé plusieurs fois, ça n'a jamais rien résolu.  

En 2012, six mois après la naissance de Charles, je savais qu'il fallait que je revoie quelqu'un. A cause de mes oscillations d'humeur, mais aussi en raison de cauchemars récurrents. Une amie m'a conseillé une psychanalyste. La première séance s'est révélée magique. Elle m'a permis de mettre plein de choses en relation. Les séances suivantes furent moins spectaculaires, avec des ressentis aléatoires. Cette psychanalyste m'a par ailleurs indiqué un psychiatre, afin de me faire prescrire des médicaments. 

J'ai tout de suite été en confiance avec ce psychiatre. Il m'a appris qu'il était normal que le Xeroquel, que je prenais depuis le Canada, ne fasse plus d'effet car c'est un médicament dont l'efficacité décroit avec le temps. Il avait envie de tenter le lithium. J'avais peur que ça me fasse grossir. Il m'a proposé d'essayer: avec le lithium, au bout de trois semaines on sait si on va grossir ou pas. J'étais tellement mal que j'ai accepté. 

"J'ai l'impression d'entrer dans une nouvelle normalité, un peu grise"

Aujourd'hui, j'en suis à six mois de traitement au lithium. Ça a un peu augmenté mon appétit, mais je n'ai pas vraiment pris de poids. On attend d'avoir trouvé la juste dose pour supprimer Effexor et Xeroquel. Ça va mieux. Il n'y a quasiment plus de jours où je me retrouve dans l'incapacité de travailler. Mes moments de down sont plus courts, moins intenses. En revanche, globalement, je me sens un peu plus froide dans mon rapport aux autres. Un peu plus indifférente. J'ai arrêté d'aller discuter avec les mendiants dans la rue par exemple, chose que je faisais régulièrement avant. 

J'ai l'impression d'entrer dans une nouvelle normalité, un peu grise. Je n'ai plus de phases up. Ces moments de surcroît d'énergie me manquent. Jusque-là, j'ai toujours pu compter sur des périodes de trois jours au cours desquelles je faisais plein de choses sans efforts. Quand j'ai dit ça à mon psychiatre, il m'a répondu: "Bienvenue dans la vie réelle." 

Moi, dans l'absolu, j'aurais voulu conserver mes phases hautes et ne plus avoir de phases basses. Un peu comme quelqu'un qui prend de la drogue. Mais c'est le contraire qui s'est produit. 

Depuis quelques mois, j'ai l'impression de découvrir la vie comme tout le monde la voit. Sans filtre Instagram alors qu'avant, j'en avais plein. Cette capacité à m'émerveiller s'est estompée alors que je croyais qu'elle faisait partie de moi. Je me rends compte aujourd'hui que cette "extra-sensibilité" devait faire partie de mes troubles bipolaires.
 
"Je suis désormais capable de me demander ce que je veux au fond de moi"

Malgré cela, je ne veux pas croire que la vie réelle est moins sympa que la vie de bipolaire. J'apprécie par exemple d'avoir des phases up & down moins marquées, car cela m'aide à mieux me connaître. Avec la bipolarité, vous êtes tellement instable que vous avez du mal à savoir ce que vous pensez vraiment. Je suis désormais capable de me demander ce que je veux au fond de moi, en tant que femme, épouse, maman, en termes de projets et d'idéal de vie.  

Je commence seulement à avoir certaines réponses, et ces réponses ne me plaisent pas forcément, notamment dans mon rapport aux gens. Je me découvre par exemple moins généreuse que ce que je croyais. Je sais que j'aime les autres, mais auparavant, cette générosité était exagérée. Il faut que je replace tous les curseurs, dont beaucoup étaient très hauts.  

C'est aussi déstabilisant pour les autres. Je crains particulièrement que Julien n'aime pas la nouvelle Lise, qu'il la trouve moins drôle, moins surprenante. Mais au fur et à mesure, je me rends compte que ça va et que lui-même s'est apaisé. C'est moins les montagnes russes, et le fait que j'aille mieux l'autorise à plus de vulnérabilité. Les rôles s'inversent. Ça fait du bien.  
 
*Le prénom a été changé. 
Par Lise Huret, propos recueillis par Géraldine Dormoy 




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MessagePosté le: Mer 24 Juin 2015 - 21:20    Sujet du message: Publicité

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Bipote Saphir

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MessagePosté le: Jeu 22 Oct 2015 - 15:02    Sujet du message: Témoignage : Lise, bipolaire Répondre en citant

Marc, Capucine, Manuel : vivre avec le trouble bipolaire


La maladie mentale est-elle toujours un tabou ? Les personnes concernées ressentent-elle le poids d’une stigmatisation ? Marc, Capucine et Manuel, trois personnes qui vivent avec le trouble bipolaire, répondent à ces questions.




Marc : « La société doit évoluer, nous devons être capable de réagir avec compréhension face aux maladies mentales »


Marc appartient à cette jeune génération prête à conquérir le monde. Ingénieur du BTP, il consacre aussi une partie de son temps au monde du Content Marketing. Tout cela à 33 ans à peine et après un diagnostic de trouble bipolaire qui tombe pendant ses années universitaires. Assumer la maladie n’a pas été facile, mais les choses sont très claires pour lui aujourd’hui : le trouble bipolaire ne fait pas partie de son identité, ce n’est qu’une condition avec laquelle il doit vivre et qu’il ne laissera pas se poser en obstacle entre lui et ses objectifs.


Question- Quand avez-vous été diagnostiqué ? Votre vie a-t-elle changé à partir de ce moment ?

Réponse- J’ai reçu le diagnostic il y a 10 ans maintenant, après une période d’instabilité et suite à une crise de nerf occasionnée par les études. Les premières années j’ai eu plusieurs phases de manie pendant lesquelles j’étais plus agressif, mais dans les grandes lignes, j’ai toujours été coopératif avec mon psychiatre et je ne me suis pas opposé aux thérapies.

Le premier mois après le diagnostic, la vie a radicalement changé. Au début, les changements d’humeur étaient terribles, j’ai eu des pensées suicidaires, des délires de grandeur… Cependant, ces dix dernières années, j’ai appris beaucoup de chose sur moi-même et sur comment la maladie m’affecte.


Q.- Pensez-vous que le diagnostic a une influence dans vos relations avec les autres personnes ?

R.- J’ai personnellement la chance de n’avoir jamais eu honte de souffrir de trouble bipolaire. Honnêtement, cela m’a même parfois paru être un motif de fierté. Cependant il me semble que oui, en effet, la maladie a eu une influence dans ma relation aux autres : pendant les phases de manie, je communique trop, je suis très expansif, et lorsque je suis déprimé, je me ferme complètement. Avant le diagnostic, ma vie était beaucoup plus monotone, sur un plan émotionnel aussi.

Même ainsi, je dois dire que je me suis convaincu que la maladie ne fait pas partie de mon identité, ce n’est qu’une condition avec laquelle je dois vivre. Je ne dois pas l’écrire sur ma carte de visite.


Q.- Ressentez-vous le poids d’une stigmatisation des maladies mentales ? Que pensez-vous qu’on puisse faire pour la combattre ?

R.- J’avoue que je ne me suis jamais senti mal à cause ma maladie. Je pense que les personnes ayant une maladie mentale ont besoin de se sentir acceptées, et pas par charité. La société doit évoluer, nous devons être capables de réagir avec compréhension face aux maladies mentales.


Q.- Quel conseil donneriez-vous à une personne récemment diagnostiquée ?

R.- Essayer de ne pas avoir peur. Il faut accepter le trouble sans jamais en avoir peur. Il y a aucune raison pour que la maladie nous empêche de mener une vie bien remplie et heureuse.

Je pense qu’il est également important de reconnaître qu’on a besoin d’aide. Pour moi il a été essentiel d’établir une relation de confiance avec mon médecin, de créer un environnement familial sain et de profiter d’un réseau social de soutien.



Capucine : « La société devrait faire un effort pour nous comprendre. Personne ne choisit de souffrir d’une maladie mentale. »


Le trouble bipolaire n’a pas empêché Capucine d’avoir tout ce qu’elle voulait dans la vie. À 41 ans, propriétaire de son commerce, elle profite pleinement de son mari et de ses enfants et n’hésite pas à parler de sa maladie mentale lorsqu’elle le juge nécessaire. Elle explique ouvertement que pour elle, la médication est indispensable pour avoir une vie stable.


Question- Quand avez-vous été diagnostiqué ? Votre vie a-t-elle changé à partir de ce moment ?

R.- J’ai été diagnostiquée il y a 8 ans. Pour moi, ça a été un soulagement, j’avais enfin un diagnostic -car j’ai eu différentes diagnostics et vivais dans une grande incertitude. Ma vie a changé car la médication a été capable de réguler certains de mes déséquilibres. Je la considère donc essentielle pour ma stabilité.


Q.- Pensez-vous que le diagnostic a une influence dans vos relations avec les autres personnes ?

R.- Actuellement, tout le monde dans mon entourage n’est pas au courant. Je n’ai pas peur de la stigmatisation mais dans le monde professionnel, je ne parle pas toujours de ma maladie. Dans la mesure du possible, j’essaie de faire prendre conscience aux gens de ce que sont les maladies mentales, donc lorsque c’est pertinent, je n’hésite pas à en parler.


Q.- Ressentez-vous le poids d’une stigmatisation des maladies mentales ? Que pensez-vous qu’on puisse faire pour la combattre ?

R.- Je pense que la société devrait faire un effort pour nous comprendre car personne n’est à l’abri d’avoir une maladie mentale. Bien que je pense que le système de santé soit plutôt très efficace, je regrette qu’on n’accorde pas la même importance aux personnes ayant une maladie mentale, et je pense qu’un effort pourrait être fait.


Q.- Quel conseil donneriez-vous à une personne récemment diagnostiquée ?

R.- Je lui parlerais de mon cas, je suis bipolaire et j’ai une vie presque normale, mon propre commerce, un mari, des enfants et je ne me considère pas comme une personne invalide.
Il faut savoir profiter de tous les aspects de la vie, et aussi incroyable que cela puisse paraître, ma maladie ce sont aussi des choses positives. Grâce à une association, j’ai pu connaître des personnes merveilleuses, nous partageons nos trucs et astuces pour mieux vivre avec la maladie, etc. Et je tiens aussi à remercier ma famille pour leur soutien sans faille. Sans eux, je n’aurais pas réussi à atteindre le bien-être que je ressens aujourd’hui.



Manuel : « Il manque encore une prise de conscience et de la formation. Les médias devraient être l’écho de ce problème. »


Manuel a vécu 10 ans avec un diagnostic erroné, aujourd’hui il sait que sa maladie porte le nom de « trouble bipolaire ». Pour lui, les clés pour bien vivre avec ce trouble sont la formation et l’information, il pense qu’il est indispensable que la société prenne conscience de ce que sont vraiment les maladies mentales.


Question- Quand avez-vous été diagnostiqué ? Votre vie a-t-elle changé à partir de ce moment ?

R.- J’ai été diagnostiqué il y a maintenant 15 ans environ, mais cela ne veut pas dire que le problème n’ait pas existé avant. Le déclencheur a été un accident du travail qui m’a laissé pas mal de séquelles. À cause du stress post-traumatique, j’ai commencé à me sentir mal et je suis tombé en dépression, une dépression qui n’a pas été traitée correctement. Les diagnostics erronés ce sont alors enchaînés. Beaucoup d’années ont passé entre l’apparition des premiers symptômes et le diagnostic. Sept ans concrètement.

Au début, ça a été très dur. En autre parce que je ne savais pas bien ce qui m’arrivait, ni les conséquences que pouvait avoir la maladie.


Q.- Pensez-vous que le diagnostic a une influence dans vos relations avec les autres personnes ?

R.- Malheureusement oui. Bien que ma famille soit bien sensibilisée et me soutienne à 100%, j’ai pu constater que ma maladie avait une influence sur mes relations amicales. J’ai vu de nombreux « amis » disparaître, ces personnes qui ne sont à vos côtés que dans les bons moments… Dans d’autres domaines, comme le travail, j’ai eu la chance de ne ressentir aucune discrimination.


Q.- Ressentez-vous le poids d’une stigmatisation des maladies mentales ? Que pensez-vous qu’on puisse faire pour la combattre ?

R.- Absolument. Les gens prennent peur quand ils découvrent que vous avez un trouble mental grave. La première chose qui leur vient à l’esprit, c’est « il est fou ». Ce qui est loin d’être la réalité : non seulement moi, mais les autres personnes bipolaires que je connais, qui prennent leur traitement, dorment les heures nécessaires, mènent une vie saine, de façon tout à fait normale.

Il manque encore une prise de conscience et de la formation. Les médias devraient être l’écho de ce problème, le faire connaître. Parce que les plus grands préjugés naissent d’une méconnaissance de la maladie.


Q.- Quel conseil donneriez-vous à une personne récemment diagnostiquée ?

R.- La première chose que je lui conseillerai, c’est d’aller voir une association et de s’informer, rechercher des informations sur la maladie et sur les conséquences qu’elle peut entraîner. Je lui dirais aussi d’accepter le plus tôt possible qu’il a une maladie mentale, parce que plus tôt il le reconnaîtra, plus tôt il pourra commencer à se sentir mieux.


https://www.lesgensqui.fr/trouble-bipolaire/magazine/2963-marc-capucine-man…
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Bipote Saphir

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MessagePosté le: Jeu 31 Mar 2016 - 13:55    Sujet du message: Témoignage : Lise, bipolaire Répondre en citant

"Je suis bipolaire"



Enfance heureuse, scolarité brillante, avenir prometteur… Pour Marie, 34 ans, tout allait bien. Jusqu’à un premier chagrin d’amour, qui se termine à l’hôpital psychiatrique : elle est diagnostiquée bipolaire. Depuis, elle navigue entre « sa » réalité et « la » réalité, en essayant de se construire une vie, même un peu particulière.





« J’avais 19 ans, et je sortais d’un hiver très noir, après une rupture amoureuse. C’était au printemps 1996, à Paris. J’étais moins triste mais, depuis plusieurs jours, je sentais que ça n’allait pas. Tout s’accélérait dans ma tête, je ne dormais plus et je n’arrivais pas à m’arrêter de parler de tout, tout le temps, comme si je réfléchissais tout haut. J’étais très consciente de perdre pied face à la réalité. J’ai décidé toute seule d’aller à l’hôpital de mon quartier. Ils m’ont envoyée dans un service psychiatrique laid et glauque, je m’y suis sentie vraiment très mal. Je ne me souviens pas de grand-chose, à part que mes parents sont venus me chercher et m’ont fait hospitaliser en province, près de chez eux.


Diagnostic

Dans ce petit service chaleureux et accueillant, on m’a expliqué que je souffrais de troubles bipolaires ou maniaco-dépressifs, qui se soignent avec un régulateur d’humeur, et que tout allait bien se passer. Je suis sortie au bout de quinze jours. Mais rien ne s’est vraiment bien passé : le traitement me faisait grossir et dormir, ma vie est devenue sans intérêt. Au bout de quelques mois, j’ai arrêté de le prendre, sans rien dire à personne. Je n’ai pas eu de problèmes jusqu’à la mort de mon grand-père, deux ans plus tard. Je me suis remise à réfléchir tout haut et à parler sans arrêt, de plus en plus vite. Mes parents m’ont ramenée à l’hôpital avant que je perde complètement les pédales.


Différente

Les choses se sont vraiment améliorées quand mon psychiatre a trouvé le médicament qui me convenait, à la dose qui me convenait. J’ai pu reprendre mes études de philo, et une vie normale. Enfin, pas tout à fait normale : j’étais assez heureuse d’être différente. Mes parents, ma famille, mes amis se préoccupaient de moi avec tendresse et bienveillance. J’avais plutôt aimé mes incursions “chez les fous”, que j’avais observés avec intérêt et curiosité, un peu comme on visite un pays étranger. J’avais le sentiment d’appartenir à la grande famille des artistes maudits : Camille Claudel, Samuel Beckett, Charles Baudelaire et tant d’autres. Ça me plaisait beaucoup. J’ai confondu l’art avec la maladie. J’ai cru qu’elle me rendrait talentueuse, comme eux…


Stabilisation

Mon état s’est stabilisé, pendant plusieurs années. À part le traitement et mes deux séjours à l’hôpital, je me sentais parfaitement normale. J’ai fini mes études et j’ai trouvé un travail qui collait à mon besoin de fantaisie, dans une grande institution culturelle. Je côtoyais des artistes, je sortais tous les soirs. J’ai commencé ma vie d’adulte, et une belle histoire d’amour avec Bernard, le cousin d’une copine, à qui je n’ai pas eu à expliquer mon parcours : il était venu me rendre visite à l’hôpital, au moment de mes premières crises… Tout allait bien pour moi. J’allais voir mon psychiatre tous les mois, pour qu’il renouvelle l’ordonnance, et j’avais abandonné l’idée d’une psychothérapie après avoir croisé deux ou trois psys qui m’avaient semblé vraiment trop bizarres.


Nouvelles crises

J’avais presque oublié ma maladie, mais, en 2004, j’ai eu une nouvelle crise. J’ai recommencé à parler, parler, parler. Trop : j’ai confié à une des personnes avec qui je travaillais mes “décrochages” passés. Dans la demi-journée qui a suivi, la moitié de l’entreprise était au courant. Je suis allée me réfugier quelques jours chez mes parents pour éviter de basculer à nouveau complètement. Les mois suivants ont été difficiles.

En 2006, j’ai quitté Bernard. Puis un de mes amis est mort dans un accident de voiture. Pendant l’enterrement, j’ai perdu pied : j’avais la sensation très précise d’être sur un bateau, en pleine tempête. C’était magnifique et terrifiant. J’ai préféré retourner à l’hôpital. C’est seulement à ce moment-là que j’ai commencé à réaliser que mes crises ne tombent pas du ciel, comme une malédiction, mais qu’elles ont quelque chose à voir avec ce que je vis, la mort, les séparations, et le niveau d’angoisse dans laquelle cela me plonge. Mais tout est si compliqué…

J’ai retrouvé Bernard. En septembre 2007, pour mes 30 ans, nous sommes partis dans sa famille, en Corse. Pendant le vol, j’étais persuadée que nous étions les survivants d’une guerre terrible, en mission pour sauver le monde, et que je ne devais en parler à personne. À la sortie de l’avion, j’ai vu un cheval traverser l’aéroport et j’ai couru au milieu du tarmac pour affronter les missiles. J’ai été internée une nouvelle fois. Pas assez longtemps ; quand je suis ressortie, je n’avais toujours pas atterri. Quelques semaines plus tard, de retour à Paris, j’ai à nouveau quitté Bernard. Je me suis perdue dans un grand magasin, dont j’étais persuadée d’être la propriétaire, et puis je suis partie à sa recherche. J’ai marché toute la nuit dans Paris, émerveillée par la beauté de la ville. J’ai jeté mon portefeuille pour devenir pauvre. J’ai joué des heures avec des sacs en plastique qui m’ont fascinée. Au matin, j’ai retrouvé Bernard, et il m’a emmenée à l’hôpital.


Ma réalité et la réalité

J’ai traversé trois grosses crises les deux années qui ont suivi. C’était épuisant, terrifiant, douloureux, mais ça m’a permis de commencer enfin à comprendre ma maladie. Je ne suis pas dépressive, juste “maniaco”. Quand le monde réel est trop dur ou trop ennuyeux, je m’évade dans un “ailleurs” où tout est décuplé, excessif, absolu, et où je suis invincible. Je n’ai aucune prise sur ces “décollages”, mais je les vis avec une grande lucidité. C’est agréable, exaltant, poétique, surréaliste, comme si j’avais un accès direct à mon inconscient. Mais c’est aussi dangereux, puisque je perds toute notion de sécurité. Et surtout, ça m’isole complètement de la réalité et des gens qui m’aiment. Elle est là, la détresse, dans cette incompatibilité entre mon ici et mon ailleurs. Et dans le retour à la réalité, qui est toujours long et douloureux.


Trouver le sens à ce chaos

Il m’a fallu tout ce temps pour comprendre aussi que je ne suis pas que malade. Je dois trouver un équilibre entre les deux Marie : celle qui va bien et celle qui décroche… En plus de mon traitement, dont il n’est pas question que je me passe, j’ai fait une vraie psychothérapie, pour trouver un sens à tout ce chaos. J’ai compris que je ne pourrais pas m’intégrer dans une entreprise, alors j’ai créé ma propre activité. Et je me suis mise à écrire, au lieu de me dire que j’aimerais écrire : je viens de terminer mon premier roman. Je vais vraiment beaucoup mieux. Tellement que je me sens prête à avoir un enfant. Je crois que je ferais une mère un peu différente, mais très acceptable.

Mon fabuleux Bernard, dont je suis de plus en plus amoureuse, a tellement confiance en moi et en nous qu’il est prêt à m’emboîter le pas. Mon psychiatre ne s’y oppose pas : nous sommes en train d’adapter le traitement pour qu’il soit compatible avec une grossesse. Je n’ai pas eu de crise depuis deux ans. J’ai l’impression que je me rapproche peu à peu de moi-même, et que je commence enfin à saisir qui je suis. D’ailleurs, j’aime de moins en moins cette maladie. J’espère qu’elle va me laisser tranquille, le plus longtemps possible. Et même définitivement, pourquoi pas. »



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MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:06    Sujet du message: Témoignage : Lise, bipolaire

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