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Ces malades qui ne prennent pas leurs traitements

 
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Team bipote
Bipote Saphir

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MessagePosté le: Lun 12 Oct 2015 - 17:38    Sujet du message: Ces malades qui ne prennent pas leurs traitements Répondre en citant

Ces malades qui ne prennent pas leurs traitements 


Entre 40 à 50 % des patients seraient peu observants. Pour les associations, il s’agit là d’un problème complexe qui nécessite une relation « plus partagée » avec le médecin.



Tous les jeunes médecins ne le savent pas, mais ce bon vieil Hippocrate, au nom duquel ils prêtent serment, avait certaines idées bien arrêtées au sujet de ses malades. « Le médecin doit savoir que les patients mentent souvent lorsqu’ils disent suivre leurs traitements », estimait le célèbre médecin de la Grèce antique. Menteurs, les malades ? À l’évidence, pas toujours disposés à suivre à la lettre les préconisations de leur médecin. Et c’est là une question aussi vieille que l’histoire de la médecine. Une énigme même pour certains : mais pourquoi certains patients ne prennent-ils pas des traitements destinés à leur permettre d’aller mieux, voire même, parfois, à leur sauver la vie ?

Récurrent, le sujet revient aujourd’hui en force dans le débat public. Avec en filigrane d’autres interrogations ultrasensibles : faut-il moins bien rembourser les patients peu observants ? Et une petite pénalisation financière ne serait-elle pas un moyen de faire revenir à la raison ces malades « inconséquents » qui, à force de ne pas se soigner, sont parfois victimes de complications médicales, coûteuses pour la collectivité ?

Le débat n’est pas que théorique. En 2013, le gouvernement a introduit de nouvelles règles pour les patients souffrant d’apnée du sommeil, subitement menacés de sanctions financières en cas de mauvaise observance. Finalement, le Conseil d’État a annulé cette disposition. Mais l’inquiétude demeure dans les associations, surtout depuis la publication, fin 2014, d’une étude de l’institut IMS Health sur six pathologies chroniques (1). Conduit avec l’industrie pharmaceutique, ce travail estime à 9 milliards d’euros par an le « coût évitable » des complications liées à la « mauvaise observance » dans ces six maladies.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), seulement 50 % des patients atteints de maladies chroniques seraient bien observants. En France, l’étude de l’IMS Health avance le chiffre de 40 %. Et la nouveauté est que le problème commence à toucher des maladies qui, pendant longtemps, n’étaient pas concernées, comme le cancer.

Avant, les choses étaient simples. Toutes les chimiothérapies étaient faites à l’hôpital et les médecins étaient alors certains que le traitement avait été délivré. « Mais aujourd’hui, de plus en plus de chimiothérapies sont des traitements oraux que le malade peut prendre à la maison, sous forme de comprimés. Et c’est également le cas des thérapies ciblées », indique le docteur Suzette Delaloge, responsable du comité des pathologies mammaires à l’Institut Gustave-Roussy (IGR) de Villejuif. Et les médecins constatent que l’observance chute de manière parfois forte avec ces médicaments pris en dehors de l’hôpital.

Face à ce constat, le premier réflexe est souvent de montrer le patient du doigt et de s’interroger sur son irresponsabilité. Longtemps, ce réflexe s’est ancré dans une relation médecin-patients volontiers paternaliste. Un schéma simple : fort de son savoir non partagé par le profane, le médecin prescrivait un traitement avec la conviction que lui seul était capable de décider ce qui était bon pour son patient. Ne pas suivre « l’ordonnance » du docteur était considéré comme le « résultat au mieux d’une négligence, au pire d’une incohérence », comme le souligne un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas).

Même si ce schéma paternaliste existe encore, il s’est largement effrité face à la montée en puissance d’un désir d’autonomie des patients, revendiquant le droit de choisir ce qui leur semble être bon pour leur santé. Et leur droit, reconnu par la loi du 4 mars 2002, de refuser des soins. « Je participe à des formations de jeunes médecins. Ils reconnaissent ce droit à l’autonomie mais, en même temps, ils n’arrivent à comprendre pourquoi des gens font des choses qui, a priori, ne vont pas dans leur intérêt », explique Thomas Sannié, président de l’Association française des hémophiles (AFH), en insistant sur les rapports complexes qu’entretiennent bien des individus face à leur santé. « On peut juger tout aussi incohérent de voir tous ces médecins qui fument », ajoute-t-il.

Décréter d’emblée qu’une mauvaise observance est la faute du patient, c’est aussi ne rien comprendre à la réalité de la vie avec une maladie chronique. À la difficulté, parfois, de suivre un traitement au long cours. « Prendre des médicaments au quotidien, c’est une manière de vous rappeler chaque jour que vous êtes malades », explique Stéphane Sclison, auteur de l’étude d’IMS Health.

« Il y a des gens qui sont observants pendant une période de leur vie, puis beaucoup moins ensuite. Parce qu’il y a des moments dans l’existence où la santé passe après d’autres priorités », explique souligne Yvanie Caillé, responsable de l’association Renaloo, qui représente des patients atteints de maladies rénales. « La dépression, par exemple, est un facteur majeur mais souvent ignoré de non-observance », ajoute-t-elle.

Anthropologue, directrice de recherche à l’Inserm, Sylvie Fainzang (3) estime que les patients ont « aussi parfois de bonnes raisons » de ne pas prendre leurs médicaments. « Beaucoup font l’expérience de certains effets indésirables qui ne sont pas toujours pris en compte à leur juste valeur par leur médecin, dit-elle. Et ces patients, alors, arrêtent leur traitement, par prudence, en pratiquant une sorte de pharmacovigilance profane. »

En fait, face à un problème d’observance, on se demande rarement s’il ne faut pas s’interroger sur l’attitude du médecin qui, peut-être, n’a pas su ou pas eu le temps d’expliquer l’objectif du traitement, ses contraintes et les effets secondaires possibles. « Le premier levier d’une bonne observance, c’est la relation médecin-malade », estime Yvanie Caillé. « Les médecins sont très bien formés au diagnostic, au choix de la meilleure thérapeutique mais pas toujours, ensuite, au dialogue avec le patient », ajoute Thomas Sannié.

Pour les associations, il y a donc urgence à en finir avec ce terme d’observance pour privilégier celui d’une « adhésion » thérapeutique favorisée par des décisions beaucoup mieux « partagées » entre médecins et patients. De l’avis général, la solution passe aussi par le développement de programmes d’éducation thérapeutique, d’accompagnement ou d’apprentissage pour les patients. Une approche qui se développe en France mais, faute de moyens, reste encore « très marginale » selon l’Igas.

Quant à la question d’un éventuel moindre remboursement aux patients peu observants, l’option est à écarter, estime l’Igas. Selon cet organisme, cela ne pourrait être vécu que « comme une double peine » par le patient déjà victime de sa maladie. « Cette idée de vouloir sanctionner les patients reflète bien le regard infantilisant qu’on porte sur eux, juge Thomas Sannié. Comme s’il suffisait de menacer un malade d’une bonne paire de claques, en pensant qu’ainsi tout va rentrer dans l’ordre et qu’il va bien prendre ses médicaments. »

--------------------

UN TAUX D’OBSERVANCE DE 40 %

Une étude de l’Institut IMS-Health de novembre 2014 estime à 40% le niveau d’observance pour six maladies chroniques : « Seuls 13% des patients souffrant d’asthme sont observants, suivis par les insuffisants cardiaques (36%), les diabétiques de type 2 (37%), les hypertendus (40%), les patients souffrant d’hypercholestérolémie (44%) ou d’ostéoporose (52%). »

Très critiquée par les associations de patients, cette étude constate que la non-observance, pour ces six maladies, entraîne des complications dont le coût s’élève à 9,3 milliards d’euros en un an. Pour l’hypertension, le coût direct des accidents vasculaires cérébraux représente à lui seul 4,4 milliards d’euros dans une année.

PIERRE BIENVAULT


(1) Hypercholestérolémie, diabète de type 2, ostéoporose, hypertension, asthme, insuffisance cardiaque.

(2) Ce rapport, dévoilé le 9 septembre par Libération, a été remis au ministère de la santé qui ne l’a pas rendu public pour l’instant.

(3) Auteur de L’Automédication ou les mirages de l’autonomie, PUF, 2012.


http://www.la-croix.com/Ethique/Sciences-Ethique/Sciences/Ces-malades-qui-n…
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MessagePosté le: Lun 12 Oct 2015 - 17:38    Sujet du message: Publicité

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Sassandra
Bipote Turquoise

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Inscrit le: 04 Oct 2014
Messages: 488

MessagePosté le: Lun 12 Oct 2015 - 18:59    Sujet du message: Ces malades qui ne prennent pas leurs traitements Répondre en citant

mmouais ...dialogue à améliorer avec le médecin traitant - ya du boulot
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Team bipote
Bipote Saphir

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Inscrit le: 13 Avr 2014
Messages: 863

MessagePosté le: Ven 23 Oct 2015 - 19:17    Sujet du message: Ces malades qui ne prennent pas leurs traitements Répondre en citant

Un « bon » patient est-il un patient obéissant  ?


6/10/15 - 09 H 44


« Certains patients s’inscrivent parfois eux-mêmes dans une logique de soumission »


ALINE SARRADON-ECK
Médecin et anthropologue au Centre Norbert-Elias de Marseille


« Beaucoup de médecins parlent de leurs patients en utilisant le registre sémantique de la discipline. Ce qui renvoie à l’étymologie de la notion d’observance, c’est-à-dire l’obéissance à une règle religieuse. Et certains médecins considèrent l’observance comme un comportement d’obéissance du patient, voire de soumission, à une règle médicale.

Ces praticiens ont du mal à concevoir que leurs patients ne suivent pas le rapport asymétrique expert-profane dans lequel le malade suit les directives du détenteur du savoir médical qui est là pour le conduire à la santé ou à la guérison. Une non-observance remet alors en cause l’expertise mais aussi la fonction de contrôle de la santé dont la société a chargé le médecin.

Certains généralistes vivent aussi une mauvaise observance comme une remise en cause de leur identité de médecin de famille et un échec de leur relation avec leur patient, qu’ils n’ont pas réussi à convaincre de ce qui était bon pour lui.

Mais le corps médical est très hétérogène. De nombreux praticiens estiment, au contraire, que l’autonomie de la personne est une valeur phare dans notre société, y compris dans le domaine de la santé. Ils acceptent plus facilement celle de leurs patients.

Par ailleurs, il n’existe pas non plus un modèle unique de patients. Certains affichent clairement le droit à être autonome et à ne pas toujours suivre la parole du médecin. Mais il y a aussi ceux qui s’inscrivent d’eux-mêmes dans une logique de soumission médicale. La prescription écrite, l’ordonnance, a une valeur coercitive à laquelle ils sont sensibles. La confiance qu’ils placent dans leur médecin lui donne le droit, à leurs yeux, de décider ce qu’ils doivent faire. “Maintenant je suis bien rentré dans l’ordre. Je passe ma visite quand on l’ordonne et tout et tout”, disait par exemple un agriculteur de 66 ans dans une étude que j’ai menée en 2007 sur les patients hypertendus. »



« Ne pas nier la complexité de l’humain face à la maladie »


GÉRARD REACH
Chef du service d’endocrinologie de l’hôpital Avicenne à Bobigny
(1)

« Dans une étude sur l’observance, que j’ai menée sur 700 patients diabétiques, j’ai glissé une question simple : attachez-vous votre ceinture à l’arrière d’une voiture ? Et j’ai constaté que les patients, qui disaient mettre toujours leur ceinture, étaient aussi les plus souvent observants. Certains pourront dire qu’il s’agit là juste d’un comportement rationnel face à un risque possible. Mais beaucoup d’études en sécurité routière montrent que la première motivation au port de la ceinture, c’est la peur du gendarme et de l’amende. Et il me semble évident que l’observance est plus facile chez les personnes qui, comme trait de caractère, ont cette faculté à obéir à certaines règles que fixe la société.

Cela fait-il d’eux pour autant des “bons” malades et des autres des “mauvais” malades ? En fait, cette question n’a pas de sens. Certains malades peuvent être désagréables, inconséquents, irrationnels… Mais là n’est pas le problème. Ce sont juste des malades qui doivent pouvoir se soigner comme les autres. Et vouloir favoriser l’observance par des mesures à l’emporte-pièce comme le déremboursement serait non seulement une injustice terrible pour ces patients, mais cela reviendrait aussi à nier la complexité de l’humain dans ce drame personnel qu’est la maladie. Et le fait que tout le monde dans sa vie ne fait pas toujours ce qui est rationnel.

La solution passe par l’une des plus belles choses en médecine : l’éducation thérapeutique. Le but n’est pas d’éduquer les patients à ce qu’ils doivent faire mais à ce qu’ils peuvent faire. Il est de les aider à comprendre ce qui leur arrive dans cette expérience très singulière qu’est la maladie. Et le sens de ce que, moi médecin, je peux leur conseiller pour aller mieux. Sans jamais oublier que l’humanité de la médecine, c’est de reconnaître la complexité de l’être humain, son droit à l’autonomie et à ne pas toujours faire ce qu’on estime être bon pour lui. »


Recueilli par PIERRE BIENVAULT

(1) Auteur de Pourquoi se soigne-t-on, Éditions Le Bord de l’eau, 2007.


http://www.la-croix.com/Ethique/Sciences-Ethique/Sciences/Un-bon-patient-es…
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Divergent
Bipote Emeraude

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Inscrit le: 12 Avr 2015
Messages: 59

MessagePosté le: Sam 24 Oct 2015 - 17:50    Sujet du message: Ces malades qui ne prennent pas leurs traitements Répondre en citant

Bonjour la team,

Hey ben si tous les médecins pouvait suivre ce que dit ce médecin, ce sera déjà mieux, car justement dans certains troubles comme le trouble de la personnalité limite, imposer une règle est parfois synonyme de contraintes chez le patient qui lui n'arrive pas à suivre ces limites! Bref ce médecin est ouvert à ce que les patients lui disent, et rien que ça, ça peut aider au soin!
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 18:38    Sujet du message: Ces malades qui ne prennent pas leurs traitements

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