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Frères et sœurs : les oubliés de la psychiatrie

 
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MessagePosté le: Dim 29 Nov 2015 - 18:21    Sujet du message: Frères et sœurs : les oubliés de la psychiatrie Répondre en citant

Frères et sœurs : les oubliés de la psychiatrie


Publication: 24/11/2015


Accueillir, rencontrer, travailler en partenariat avec les familles des patients souffrant de troubles mentaux est aujourd'hui une pratique recommandée dans l'exercice quotidien de tout psychiatre de service public. Or cela n'est pas toujours allé de soi.


La place des familles en santé mentale

En effet, les représentations autour de la place des familles en santé mentale se sont fondamentalement modifiées ces dernières décennies. Autrefois perçue comme cause des troubles la famille est devenue progressivement une ressource. Ce glissement est concomitant avec le mouvement de désinstitutionalisation, ou de sortie des patients de l'hôpital. Ce dernier est devenu un lieu de soins de la crise, les soins au long cours se poursuivant en ambulatoire à l'extérieur. Les patients retournent alors au domicile familial pour le plus grand nombre.

Les familles retrouvant leur place d'aidant naturel, leur implication redevient majeure tandis que leurs liens s'intensifient et se structurent avec le personnel soignant, notamment avec le soutien des associations de famille, acteurs incontournables dans les politiques de santé mentale. Mais que recouvre ce terme de famille, et par quels membres est-il incarné?

Les troubles mentaux graves de l'adulte, telle la schizophrénie, émergent bien souvent à la fin de l'adolescence, à une période de vie où les sujets sont encore au domicile familial. Les parents sont naturellement les interlocuteurs privilégiés des soignants. Mais qu'en est-il de la prise en compte de la fratrie?


Les relations fraternelles

Bien souvent le vécu des frères et sœurs de patients souffrant de troubles mentaux est très peu investigué et moins encore pris en charge dans ce contexte. Presqu'invisibles lors d'entretiens familiaux, alors que les soignants sont concentrés sur le récit parental, ils ne demandent pas la parole, reproduisant ainsi ce qu'ils pouvaient vivre au sein du domicile familial. Il est cependant possible de les rencontrer en consultation à l'occasion de crise existentielle, d'épisode dépressif, voire de déclenchement de troubles similaires. À ces occasions, il est possible de percevoir leur détresse et leur difficulté à trouver un espace légitime pour l'exprimer.

Mon propos n'est pas de vouloir généraliser car il est bien évident que les relations fraternelles sont aussi nombreuses qu'il y a de frères et sœurs, aussi nombreuses qu'il y a de configurations familiales. Les vécus fraternels sont singuliers et évoluent dans le temps, au gré de rapprochements complices ou de conflits qui éloignent ou disloquent. Les relations fraternelles sont traversées par des émotions intenses: amour, haine, rivalité, jalousie mais aussi solidarité et intimité partagée. Les relations fraternelles sont le primat de la relation sociale, elles permettent de se différencier après avoir confronté le semblable, et contribuent à la construction identitaire. Les relations fraternelles c'est aussi partager un patrimoine commun, des souvenirs, des saveurs, des musiques, une histoire, des mythes...

Lorsque la schizophrénie apparait, la famille s'en trouve bouleversée, chamboulée. Cette maladie a sa propre temporalité, épisodique, chronique, évolutive qui s'impose à la temporalité de la dynamique familiale, et perturbe les différentes transitions naturelles comme le passage à la vie adulte ou le départ du cocon familial.


Les retentissements sur la santé de la famille

Hélène Davtian[1], psychologue à l'UNAFAM, a mené une enquête auprès de 600 frères et sœurs de personnes atteintes de troubles psychotiques et a pu mettre en évidence l'importance des retentissements sur leur propre santé. Conséquences souvent non prises en compte.

Au début des troubles, c'est la rencontre de façon brutale avec l'étrangeté, les délires, l'incompréhension, la peur. Tout cela peut induire un vécu traumatique pour la fratrie (comme d'ailleurs pour le patient). Le vécu sera façonné aussi par la qualité des liens fraternels à ce moment là, selon la cohabitation, l'âge et la place de chacun. Il est ici important de préciser que pour les mineurs la mise à l'écart est souvent la règle. Les parents sont quant à eux pris dans le tourbillon de la maladie, de son annonce et les frères et sœurs peuvent se sentir délaissés. La schizophrénie est une pathologie chronique caractérisée par un trouble de la relation avec la réalité avec un vécu délirant, un trouble de la conscience de soi et des relations avec autrui. Cela va affecter les relations fraternelles, le sujet pouvant soit se monter persécuté par sa famille par exemple ou soit s'isoler au niveau relationnel. Là aussi les formes cliniques sont différentes et la maladie a son propre temps évolutif avec des moments de crise et des moments de rétablissement ou les relations peuvent se restaurer.

Les frères et sœurs réagissent de façon singulière; certains se sentent responsables et peuvent endosser parfois le costume de sauveur. Je me rappelle d'un frère qui avait organisé la "fuite" de son frère hospitalisé à la demande de sa mère. D'une sœur qui avait décidé qu'elle sacrifiait sa vie affective pour s'occuper de son frère, avec le risque de s'oublier et de se perdre. D'autres qui "prennent le large", vont faire des études très loin et se sentent coupables. D'autres qui ont honte, n'invitent personne au domicile et se sentent stigmatisés.

Alors que les frères et sœurs n'ont pas d'obligation civile ni le même devoir d'assistance que les parents, certains s'inquiètent du futur, quand ce sera à leur tour d'être sollicités.
Une autre peur très spécifique, et partiellement fondée, s'exprime immanquablement: la crainte de devenir eux-mêmes malades voire, plus sournoisement, le risque de transmettre une vulnérabilité familiale dont ils seraient les porteurs invisibles.

Dans tous les cas, la fratrie se trouve en proie à une kyrielle d'émotions parfois contradictoires: culpabilité, honte, honte d'avoir honte, colère, peur, sentiment d'injustice. Ces émotions vont évoluer dans le temps et les relations fraternelles peuvent en être affectées avec une difficulté à trouver la bonne distance, la distance suffisamment bonne, être présent, étayant sans s'oublier. Être suffisamment bien soi-même pour être une ressource de qualité, pour ne pas s'épuiser en se rattachant simplement à la loyauté familiale.

Prendre en compte toutes ces difficultés pourrait sans doute faciliter la trajectoire personnelle de ces frères et sœurs trop oubliés et parfois admirables. Car, avoir un frère ou une sœur souffrant de troubles psychotiques peut également représenter une expérience qui confronte à la différence, à la vulnérabilité pour inciter à une plus grande tolérance. Et, selon Antoine de Saint-Exupéry, une telle traversée rend plus fort: "Si tu es différent de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis".


Halima Zeroug-Vial
Médecin psychiatre, chef de service au Centre hospitalier Le Vinatier


________________________________________
[1] Davtian H. (2003): Les frères et sœurs de malades psychiques, résultats de l'enquête et réflexion, UNAFAM, Paris.


http://www.huffingtonpost.fr/halima-zeroug-vial/freres-et-soeurs-les-oublie…

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MessagePosté le: Dim 29 Nov 2015 - 18:21    Sujet du message: Publicité

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