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Un ami vaut-il un psy ?

 
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MessagePosté le: Lun 7 Déc 2015 - 17:03    Sujet du message: Un ami vaut-il un psy ? Répondre en citant

Un ami vaut-il un psy ?


Anne-Claire Thérizols - Article modifié le 23/10/2015


« Parce que c’était lui, parce que c’était moi » : les bienfaits de l’amitié ne sont plus à prouver. Mais face aux épreuves de la vie, la célèbre formule de Montaigne a-t-elle ses limites thérapeutiques ?



«L’ami doit être passé maître dans l’art de deviner et dans l’art de se taire », disait Nietzsche. Seulement voilà, nos amis, tout comme nous-mêmes, ne sont pas tous de grands sages, loin s’en faut, et c’est tant mieux ! Face à la détresse d’un ami, jusqu’où faut-il se taire ou parler, compatir ou agir ? Comment être aidant mais pas envahissant, compréhensif mais pas « gnangnan » ? Et quand la tristesse nous tire par les pieds, jusqu’où faut-il suivre les voies de l’amitié pour retrouver un peu de cette estime de soi et de cette dynamique qui aident à vivre mieux ? Pas si simple.

Jean-Claude Liaudet, psychanalyste et notamment auteur de Quand l’amour manque, comment se reconstruire (L’Archipel, 2015), nous explique la différence fondamentale entre un ami et un psy : « L’écoute bienveillante d’un ami et l’écoute thérapeutique ont chacune leurs vertus mais ne sont pas du tout du même ordre : le psy, on ne le connaît pas et on ne le connaîtra jamais. On peut se permettre de tout lui dire puisque ça n’aura pas d’autres répercussions que ce qui se passe dans les séances et en soi. Alors qu’un ami, tout ce qu’on lui dit aura des effets dans la réalité. Dans toute relation, il y a du transfert et du contre-transfert à l’état sauvage. Mais dans le cadre thérapeutique, c’est maîtrisé, pas dans la relation amicale ».

Analyse partagée par Virginie Megglé, psychanalyste et auteur, entre autres, de Les Séparations douloureuses : Guérir de nos dépendances affectives (Eyrolles, 2015), qui alerte sur les dérives possibles de l’écoute amicale : « Dans un rapport d’amitié fort, si effectivement on s’apporte mutuellement dans un contrat tacite ce dont chacun a besoin, pourquoi pas. Il y a des amis comme ça, qui savent se soutenir au bon moment. Mais c’est très rare. La thérapie a pour vocation d’amener un patient sur le chemin de l’autonomie et, même si un thérapeute se laisse un peu envahir, il supervise, c’est son métier. Dans le meilleur des cas, c’est le cadre, y compris avec le paiement qu’il suppose, qui est là pour rendre la situation neutre et qui permet de résoudre les problèmes de dépendance affective. Dans l’écoute amicale, en général, l’élan premier est généreux. Mais, qu’on le veuille ou non, la plupart des amitiés sont aussi possessives. Quand l’ami se place en thérapeute, il exerce plus ou moins consciemment une emprise sur celui qu’il écoute. »

Est-ce à dire qu’il faut éviter d’être trop empathique avec un ami qui va mal sous peine de le polluer dans une relation inconsciemment malsaine ? Que nenni, répond Jean-Claude Liaudet : « Il ne s’agit pas de ne pas s’impliquer, bien au contraire. Il faut s’impliquer à fond, accepter de ressentir ce que provoque mon ami en moi et l’accepter sans jugement, ce qui n’est pas facile. Contrairement à une idée reçue, le psy est aussi très impliqué. Ce que lui fait ressentir un patient est d’ailleurs son premier outil de travail, sa boussole. La différence, c’est qu’il est capable d’identifier ce qui se joue dans la relation, contrairement à un ami. »


Un peu, beaucoup, mais pas passionnément

On l’aura compris : un ami n’est pas un psy même s’il n’est pas pour autant inefficace, à certaines conditions. Écouter, oui, s’impliquer trois fois oui, mais comment exactement ? Deux écueils majeurs menacent l’ami écoutant comme l’ami écouté : pour l’un, l’abus de pouvoir, pour l’autre, une dépendance excessive peu salvatrice, voire dangereuse. En tant que détenteur du titre d’ami, a fortiori de meilleur ami, la tentation est grande de s’imaginer savoir mieux que quiconque comment fonctionne son ami et de s’autoriser à toutes les manœuvres de persuasion au nom du sacro-saint « Je te connais par cœur ».
Jean-Claude Liaudet nous donne la bonne mesure : « Pour l’écoute amicale, le modèle que je donnerais, c’est celui de l’écoute non-directive de Rogers : écouter vraiment, se rendre disponible mais ne surtout pas juger ou donner des conseils. Un psychothérapeute ne donne pas de conseils, il aide son patient à s’en donner lui-même. Tout ami véritable cesserait de l’être dès lors qu’il se permettrait de donner des conseils. Le mieux qu’il puisse faire, c’est dire de façon authentique ce que la souffrance de son ami provoque chez lui. Paradoxalement, dire à un ami que ce qu’il nous raconte nous touche est une aide. »
Cela permet à l’ami de continuer à parler, d’avancer sur son chemin. Et il ne faut pas confondre empathie et sympathie, rappelle Jean-Claude Liaudet : « Il ne faut pas être dans la sympathie qui suppose que l’on ressente les mêmes choses et que du coup que l’on se noie aussi ! L’empathie, c’est être capable de se situer dans le paysage de l’autre sans pour autant s’oublier. Je ressens ton malaise, et tu le vois. Tu vois aussi que cela ne me détruit pas. Voilà le cadre. Il ne faut pas vouloir sauver l’autre. Et il faut pouvoir, aussi, lui dire que l’on a ses limites. Et puis si l’on est dans la pathologie, que l’ami parle de suicide ou que l’on ressent qu’il va vraiment très mal, là, et là seulement, on aide l’autre malgré lui, en lui imposant l’aide d’un psy. »

Si on résume, il faudrait donc soi-même être une espèce de psy pour être un bon ami. L’écoute amicale n’aurait l’efficacité de celle d’un psy qu’entre initiés à la psychologie, entre personnes qui sauraient analyser les caprices mutuels des inconscients, entre sages, pour faire court. Cicéron, au Ier siècle avant J.-C, définissait déjà l’amitié comme « l’entente en toutes choses divines et humaines, accompagnée de bienveillance et de charité ». Un noble objectif difficile à atteindre, comme le confirme Virginie Mégglé : « La limite est compliquée à trouver. On ne peut la trouver que si l’on a fait un vrai travail sur soi, que l’on a déjà pris en charge sa propre souffrance. Tant que l’on n’a pas vécu l’expérience d’être à l’écoute de soi-même, on ne peut pas avoir une véritable écoute. L’amitié, c’est souvent la rencontre de deux narcissismes. On est un, on est le même mais malgré tout, il y a beaucoup de rivalités qui sous-tendent la relation. Quand on joue au psy, c’est souvent soi que l’on soigne en l’autre. Faire acte de présence, sans jugement, sans les mots même, accepter pour un temps de ne pas être encombré par la douleur de l’autre, c’est ça l’essentiel. »


La confusion des genres

Amitié, rivalité, même combat ? Avec un peu d’introspection et à l’éclairage de ce qu’en disent les psys, avouons-le humblement : nous avons tous du mal à supporter la douleur psychique de l’autre et par conséquent à la comprendre, tout du moins à l’admettre… À moins de vivre exactement la même au même moment. Par le fameux effet miroir que suppose toute relation, surtout dans l’amitié, où l’on se reconnaît peu ou prou en l’autre, ce qui arrive à l’autre raisonne particulièrement en nous.
Untel n’a pas de raison de se plaindre de son boulot alors que moi je n’en ai pas, ce qui est bien pire. Il est impensable qu’Unetelle ne mette pas une croix sur cette histoire d’amour qui la dévaste. Elle n’a qu’à faire comme moi, larguer son sale bonhomme. Et nous voilà transformés en donneurs de leçons, en pourfendeurs de la souffrance d’autrui que nous minimisons d’autant plus volontiers qu’une petite voix perfide nous rassure sur notre propre sort, pendant qu’une autre lui répond en écho qu’il ne faut pas nous réjouir trop vite… Ça pourrait nous arriver aussi. Pour les faire taire, une seule solution : faire sortir l’autre le plus vite possible de sa souffrance et qu’on n’en parle plus. Alors on met le paquet avec des solutions toutes faites et souvent mal adaptées.

Virginie Megglé l’explique : « Le surinvestissement amical qui consiste à donner des conseils, des recettes toutes faites, surtout s’il n’y a pas de demande réelle de l’ami qui va mal, est souvent une manière de prendre l’ascendant sur lui alors que soi-même, on ne va pas bien. Et ça, ça n’est pas du tout thérapeutique. Ça peut même enfoncer l’autre dans sa difficulté. Et puis il faut ajouter à cela un élément important : nous vivons dans une société où la souffrance dérange, alors qu’elle en produit beaucoup ! La personne qui va mal dérange, renvoie à son propre mal-être et, éventuellement, rend jaloux parce qu’elle ose exprimer ce qu’elle ressent. »

Si l’on ne se sent pas l’âme d’un Freud et si la souffrance de l’ami atteint vite les limites du supportable, comment l’aider ? Peut-être faut-il convoquer l’enfant qui sommeille en nous. Les enfants se comprennent au-delà des mots, dans une relation fusionnelle où le jugement n’a pas sa place. « On ne voit bien qu’avec le cœur ». Peut-être l’amitié, la vraie, celle qui vaut tous les psys, se comprend-elle à la lecture de Saint-Exupéry…


http://le-cercle-psy.scienceshumaines.com/un-ami-vaut-il-un-psy_sh_35204

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MessagePosté le: Lun 7 Déc 2015 - 17:03    Sujet du message: Publicité

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