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Le psychodrame : jouer pour combattre les souffrances

 
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MessagePosté le: Mar 15 Mar 2016 - 17:19    Sujet du message: Le psychodrame : jouer pour combattre les souffrances Répondre en citant

PSYCHODRAME
Jouer pour combattre les souffrances



Paris Match|Publié le 02/03/2016



Le psychodrame, une technique thérapeutique créée par le psychiatre Jacob Levy Moreno dans les années 1930.


Automutilation, schizophrénie, dépressions profondes, le psychodrame apaise les psychoses les plus graves. Une technique de soin originale, sans blouses blanches ni camisole chimique. Notre reporter a exploré cette méthode qui soigne même les simples névroses. Elle en est sortie épuisée et conquise !


Douze chaises disposées en arc de cercle font face à un ­espace vierge. D’un pas ­décidé, Corinne Gal se ­dirige vers le siège central. Je la suis, impatiente, et ­légèrement anxieuse, de prendre part pour la ­première fois de ma vie à un psychodrame. Le mot évoque d’emblée le huis clos familial plombant, la scène de ­ménage sanglante... Tout un programme ! C’est un autre genre de sensations fortes que je suis venue découvrir, une technique thérapeutique créée par le psychiatre Jacob Levy Moreno dans les années 1930. Voilà vingt-quatre ans que Corinne Gal est fidèle à cette pratique.
Qu’elle en ­mesure les bienfaits sur les personnes les plus ­fragiles de la société. Depuis 2001, cette psychologue passionnée officie à la ­clinique psychiatrique de Saint-Martin de Vignogoul (Hérault), un lieu bucolique ceint de pins centenaires dont le cœur est une maison de maître du XVIIe siècle. Une centaine de patients y sont hospitalisés. C’est avec eux que travaille d’habitude Corinne Gal. Mais, la séance du jour ­incluant une équipe de Paris Match, cette enseignante universitaire a jugé plus ­opportun de proposer à certains de ses étudiants en psychologie d’y ­participer.

Il s’agit donc de jouer. De faire comme si. Une séance traditionnelle ­requiert la participation d’une dizaine de personnes, parmi lesquelles quatre ­soignants. Le thème est proposé par un patient, à partir de ce qu’il vit ou ressent au plus profond de lui-même. Tout peut être porté sur scène : une situation, une interrogation, un rêve, une sensation. La psychodramatiste est chargée d’animer le jeu et de le cadrer. Pour commencer, ­chacun est invité à ­exprimer son état d’esprit du moment. Bienveillance et sincérité sont de mise. La psychodramatiste ­demande ­ensuite si quelqu’un a une idée de jeu. ­Elodie, ­une étudiante aux longs cheveux roux, se lance : elle obtiendra son diplôme de psychologue en septembre prochain. Mais ensuite ? La jeune fille veut mettre en scène la question de l’après, celle qu’on ­résume ordinairement par « l’entrée dans la vie active », mais qui n’a rien d’ordinaire : ce point de bascule vers un autre statut, avec son lot de peurs et d’incertitudes.



Ni décor ni accessoires. Mais des situations demandant un investissement total de la part des participants... comme du psychodramatiste.


C’est parti ! ­Corinne Gal ­entraîne Elodie face à nous, sur un espace vide qui fait ­office de scène, et l’enjoint à ­décrire ce qu’elle voit. Ici, une ligne de tramway. Dans le fond, la ­campagne. Devant, une placette ­tranquille flanquée d’une fontaine « au bassin légèrement vaseux » et « d’une échoppe de bonbons tenue par une jeune femme ­radieuse ». Elodie aligne six chaises – l’unique matériel disponible – pour créer un banc. L’étudiante déploie son décor avec une ­rapidité confondante. Lorsque je m’en étonnerai, Corinne Gal sourira : nous sous-estimons tous la ­richesse de notre imaginaire. La jeune fille distribue les rôles. La vendeuse et son fils malade, la fontaine... Elle demande à une camarade de jouer son chien, laquelle s’exécute ventre à terre. Les trente ­minutes suivantes, nous ne ­verrons plus en elle qu’une fougueuse ­représentante de l’espèce ­canine. ­Moi-même, chargée d’incarner le tuteur de stage d’Elodie – un psychologue « d’âge mûr en chemisette bordeaux et pantalon beige » –, je donnerai sans sourciller à cet « animal » d’allègres petites tapes sur la nuque et lui gratterai le menton !
Nous sommes donc en automne 2016. Elodie a son diplôme en poche. ­Action ! Corinne Gal souffle des indications à chacun. A sa demande, la ­fontaine, jouée par un étudiant hiératique, jambes serrées et bras en croix, à demi-pliés, s’adresse à Elodie. La jeune fille est surprise. Un jet d’eau qui parle ? Tout est ­possible dans le psychodrame… Elle lui confie ses doutes.

A l’heure du grand saut, elle est paralysée. Son chien Lino, interprété par Charlotte, se roule tendrement à ses pieds. Corinne Gal me pousse sur scène en me chuchotant deux ­répliques. Je suis censée être un personnage bienveillant en qui Elodie a confiance. Mais la psychodramatiste veut déstabiliser la jeune fille, la sortir de son rôle d’étudiante. Je me désole alors de ne pas voir le ­diplôme flambant neuf de mon ­ancienne stagiaire – elle ne l’a pas sur elle –, j’exige des remerciements, une ­invitation dans le restaurant le plus cher de la ville… ­Elodie est décontenancée : il lui faut ­inventer une nouvelle façon d’être face à l’ancien mentor, désormais pour elle un collègue. Mais voilà qu’un « tramway magique » arrive. La jeune fille ­bondit, ravie d’échapper à mes sollicitations. Je me surprends à la poursuivre et à taper contre la vitre (inexistante) du tram (imaginaire).

Le conducteur du tram, psychologue dans la vraie vie, propose deux directions : à gauche, le chemin des idoles ; à droite, celui de l’inconnu. Elodie est désemparée, son visage se crispe. La fontaine la presse : c’est maintenant ou jamais. « J’ai le temps de prendre un sac à dos ? » « Non ! » Mais où s’aventurer ? A droite ? A gauche ? ­Elodie énumère ses idoles : des grands noms de la psychologie. La plupart sont morts… Elle tique : « Ça ­ressemble à un ­cimetière, non ? » « C’est pas mal un cimetière ! répond le ­conducteur, et puis, on peut toujours ­revenir sur nos pas. » La ­tension monte. Même le chien se fige. La jeune femme se tient à un carrefour de son existence. Et dans cette salle vide, ­occupée par quelques êtres humains, une douzaine de chaises et la force de l’imaginaire, nous faisons corps avec elle. Je me raidis ­imperceptiblement, suspendue à ses lèvres. Tous, le chien, la fontaine, la ­vendeuse, moi, le tuteur, et la psychodramatiste, avons mobilisé notre imagination, notre sensibilité, nos actes et nos paroles pour qu’un tel moment surgisse. Elodie hésite, bafouille. L’air devient plus dense. Elle ­désigne finalement le chemin de droite au conducteur. « Celui de ­l’inconnu ? OK, c’est parti ! » Le tramway s’ébranle. Corinne Gal interrompt le jeu.



Chaque étudiant exprime ce qu’il a ressenti, psychiquement et corpo­rellement, pendant le jeu


Elodie, si légère et souriante au début de la scène, semble bouleversée. Elle ­revient doucement sur terre tandis que chaque étudiant exprime ce qu’il a ressenti, psychiquement et corpo­rellement, pendant le jeu. Il n’y aura ni analyse ni conclusion. De retour à ma place, je sens mes muscles se relâcher. Je n’ai pas joué plus de cinq minutes et je suis ­épuisée. Mes jambes sont réduites à deux fils fragiles, comme si leur énergie avait été aspirée. Rien n’a changé autour de moi ; pourtant, la salle semble encore ­plus nue qu’à mon arrivée. Un monde a ­disparu, celui du tramway, de la placette… Mais l’expérience reste, intense et ­physique. Corinne Gal parle de « surplus de réalité ». Comme si ce qui était vécu dans le jeu nous faisait nous sentir plus vivants que jamais. C’est vrai. Et je perçois ce que le psychodrame peut avoir ­d’addictif. « Les émotions étaient sincères, me confiera Elodie plus tard. Dans cette confrontation avec ce qui nous angoisse, nous ­tracasse ou nous interroge, il y a une implication physique et émotionnelle très forte de la part de tous les participants. Quelque chose s’enregistre dans la ­mémoire, dans le corps aussi. Je ne sais pas plus que tout à l’heure ce que je ferai en septembre. Mais je pense qu’au ­moment d’agir, de choisir, je serai plus ­sereine car j’aurai déjà joué ce passage. Un peu comme si l’avenir avait déjà eu lieu. »


Corinne Gal
Psychologue clinicienne, spécialiste du psychodrame, elle enseigne à l’université de Montpellier III.




Corinne Gal est aussi professeur en master 2 pro de phénoménologie clinique du sportif et des problématiques corporelles.


Paris Match. A qui s’adresse le psychodrame ?

Corinne Gal. A tous ! Vous, moi… Il n’existe aucune contre-indication à faire du psychodrame pour soi, pour essayer d’aller mieux. Je le pratique avec des personnes souffrant de psychose, de ­névrose, ou “état limite”, en institution psychiatrique, ce qui est devenu plutôt rare. Je travaille dans un cadre particulier : une ­clinique de psychothérapie institutionnelle qui ne ressemble en rien à un service de psychiatrie traditionnel. Il n’y a pas de blouses blanches, pas de diagnostic figé et les soignants sont attentifs à la qualité de leur relation avec les patients : on fait des choses ­ensemble, on monte des projets ensemble, on est côte à côte.


Une scène, un jeu, un protagoniste, des seconds rôles, un psychodramatiste qui guide, souffle des répliques… Qu’est-ce qui différencie le psychodrame du théâtre improvisé ou du jeu de rôle ?

Son objectif thérapeutique. Le psychodrame, c’est effectuer le pas de côté qui permet de changer de point de vue sur le monde. Au théâtre, on apprend à interpréter, à placer sa voix. On joue pour et face à un public. Dans le psychodrame, on travaille pour soi, à partir de ce qui fait souffrir à l’intérieur de soi, au plus profond, ou de ce qui fait rire : les séances peuvent être très joyeuses. Arriver à rire de son angoisse, cela fait un bien fou ! Le jeu de rôle apprend à se conduire d’une certaine façon pour faire face à une situation qui fait peur : un examen, un enfant à venir, un entretien d’embauche… On ne se situe pas au même degré d’implication affective.


Le psychodrame est thérapeutique, dites-vous. Mais en quelles proportions peut-il guérir un schizophrène ?

Il ne permet pas de guérir mais d’aller mieux ! Je me rappelle un psychodrame avec Anna, une jeune fille qui s’automutilait ­régulièrement. Elle propose de jouer cette scène : elle éprouve une violente crise d’angoisse qui la plonge dans une douleur infinie. Un patient joue l’angoisse d’Anna, un autre, la douleur, un autre, le sang qui coule quand la jeune fille s’entaille… A la fin de la séance, l’angoisse n’a pas eu raison d’elle : son propre sang l’écœure plus qu’il ne la ­soulage. Depuis cette expérience, Anna n’a plus ­recours à l’automutilation pour calmer ses peurs. Ce jeu a eu plus d’effet qu’une longue thérapie par le dialogue. Etre capable de jouer, c’est rester vivant.


Pour se sentir vivant, il faut donc en passer par la fiction ?

Elle permet l’étonnement, la spontanéité, la créativité. Il s’agit de réagir à une situation inédite qui nous est proposée. Au fil des ans, l’être prend des espèces de plis dont il a du mal à se défaire. Le psychodrame permet au patient d’explorer en lui de nouvelles façons d’être. Dans la réalité, il est difficile de trouver une réponse inédite à une situation ancienne ou nouvelle. La plupart du temps, on rumine, on répète. Et cela fait souffrir. Mais, quand on arrive à faire ce petit pas de côté, à voir autrement, alors on peut se rasseoir différemment dans l’existence. Et cela peut être salvateur.


Vous faites le pari que ce qui se passe sur scène va perdurer dans la réalité…

Cela s’inscrit en chacun comme une nouvelle expérience. Certains vont oublier, d’autres s’en servir tout le temps. Evidemment, quand on travaille avec des gens atteints de psychose, il ­suffit d’un rien pour rebasculer. On est loin du fantasme de la ­guérison miraculeuse.


N’est-ce pas jouer avec le feu que de travailler ainsi avec des psychotiques, pour certains ­sujets au délire ?

La fiction, ce n’est pas l’activité délirante ! Le délire fonctionne en ­circuit autonome, sans laisser entrer l’autre. C’est un monologue intérieur. La psychose, c’est une porte fermée à l’altérité. Or nous nous construisons dans la relation à l’autre. Accepter cette relation, s’y ajuster, cela a lieu dès la ­naissance. Avec le ­psychodrame, les patients quittent le monde clos de la psychose pour entrer dans un univers que l’on bâtit ­ensemble : le jeu. Ils renouent avec les autres et reviennent dans l’interaction. Ils ­s’engagent corporellement, sortent du délire.


Comment trouver la bonne direction, ne pas provoquer plus d’angoisse qu’il n’y en a déjà ?

Il n’y a pas de “bonne” direction préétablie. Et provoquer l’angoisse ne me fait pas peur. Elle ne sera jamais pire que ce que les patients vivent en réalité. L’angoisse qui cloue au lit, qui fait ­entendre des voix… Quoi que l’on fasse, le psychodrame reste un jeu. Les patients font la différence. Evidemment, les rôles difficiles sont tenus par des soignants. Je ne vais pas faire tenir le rôle d’un pervers à un psychotique.


Qu’est-ce qui est interdit en psychodrame ?

Se faire du mal, avoir des gestes sexuels. Je n’ai eu à gérer que très peu de débordements dans ma carrière. Le psychodramatiste veille à ce que l’excitation pulsionnelle ne prenne pas le dessus, comme cela peut arriver quand des enfants jouent, que leurs ­parents leur répètent : “Arrêtez, ça va mal finir”… et que ça finit mal. En psychodrame, ce moment n’arrive jamais parce que je ­régule. Je suis en état d’hypervigilance.


Qu’est-ce qu’un jeu réussi ?

Ce serait plus simple de définir un jeu raté : quand ça ne joue pas. Il y a des jeux plus ou moins intenses. Mais on ne sait jamais ce que ça va provoquer en l’autre. Quelque chose qui me semble sans intérêt apparent peut se révéler bouleversant pour le patient.


Le corps, ce que vous appelez l’engagement corporel, est au centre du psychodrame…

Quand nos muscles sont au repos, on a une certaine maîtrise du langage. Dès que l’on se met à bouger, on ne parle plus pareil, on ne dit plus les mêmes choses. Parler de soi assis sur une chaise ou un divan, c’est une chose. C’est une autre histoire de s’engager physiquement, de faire face aux personnages incarnés de sa propre histoire. On ne raconte plus, on est confronté à la situation. Je plaide pour une réhabilitation du corps dans les techniques ­thérapeutiques, et en général ! On a besoin du corps et du ­psychisme ; les séparer est contre-productif.


Vous dites ne rien connaître du passé de vos patients, parfois… Finalement, le psychodrame, c’est l’anti-psychanalyse !

Le psychodrame permet d’être dans un contact direct avec ce qui existe sans avoir à expliquer toute son histoire qu’on a déjà souvent racontée mille fois. Il ne suffit pas de dire, ou de chercher du sens, pour résoudre les choses. Plutôt que d’expliquer à un ­patient qu’il souffre “parce que” ou “à cause de” ceci ou cela, je m’efforce d’ouvrir, avec lui, de nouvelles possibilités d’être. De faire en sorte qu’il se surprenne. Mais certains psychanalystes font un travail formidable avec les patients, et je ne dis pas que le psychodrame est la meilleure méthode du monde !





Quelle place tient le psychodrame dans la psychiatrie actuelle ?

Une place trop confidentielle ! Le psychodrame reste souvent une technique cantonnée au travail avec les enfants. Je le regrette car la psychiatrie est aujourd’hui dans un état pitoyable. On assiste au retour des hospitalisations forcées et de la camisole chimique, on préfère sangler des patients sur des lits plutôt que travailler la qualité de la relation entre soignants et soignés. C’est une grave erreur, ce n’est pas comme cela qu’on soigne. La psychiatrie se ­réduit à une prison pour les fous. Evidemment, c’est la branche de la médecine qui ne rapporte rien… ­Aujourd’hui, on a pourtant les moyens de faire un autre travail sans que cela coûte plus d’argent. D’être avec plutôt que d’enfermer.


« Le psychodrame. Une expérience aussi forte que la vie », par Corinne Gal, éd. Odile Jacob.
Pour la contacter : psychodramecogal@gmail.com



http://www.parismatch.com/Actu/Societe/Jouer-pour-combattre-les-souffrances-922825

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MessagePosté le: Mar 15 Mar 2016 - 17:19    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Mar 29 Mar 2016 - 15:46    Sujet du message: Le psychodrame : jouer pour combattre les souffrances Répondre en citant

Le théâtre, quelle thérapie !



Pascale Senk - le 18/03/2016


La médiation théâtrale utilisée à des fins psychothérapeutiques a le vent en poupe.



La scène peut permettre d'exprimer ces émotions qu'on n'arrive pas à mettre en mots


Sur la scène de ce théâtre parisien *, un homme et une femme passent leur première soirée ensemble. Ces personnages se sont rencontrés sur Internet. Puis ils s'aiment et deviennent un couple. Jusque-là, rien de très original. Mais soudain surgit de la salle un nouveau personnage, le psychanalyste Guy Corneau, qui, jouant ici son propre rôle, commente le «désir d'union» auquel nous assistons, puis, suivant l'action, décrypte les aléas rencontrés par ces personnages qui, pourtant, ont envie de construire une vie ensemble. Peurs, blessures inconscientes, besoins non exprimés, racines des conflits. C'est en fait une véritable psychothérapie de couple qui nous est montrée car les personnages vont finalement s'adresser au psychanalyste, et les spectateurs seront eux aussi invités à intervenir.

Pas de doute, la psychothérapie s'invite ici pleinement sur scène, et la dramaturgie, de son côté, devient soudain psychothérapie. Cette fusion entre deux genres pourrait passer inaperçue si elle ne prenait pas place dans une vraie tendance: la dramathérapie a le vent en poupe! Avec leurs «cousines» «musico-danse» et «art thérapie» (cette dernière renvoyant surtout aux arts plastiques), toutes ces pratiques ne cessent de se diffuser. Pour preuves: naissance d'une Association nationale de dramathérapie (AND), publication d'un «Que sais-je?» entièrement consacré au sujet (Théâtre et dramathérapie, par Jean-Pierre Klein, Éditions PUF), création récente d'un Master Sorbonne Paris Cité mention «arts thérapies». Fini le temps où seuls les ateliers théâtre en institutions psychiatriques aidaient les patients en panne d'imaginaire.


«Soigné émotionnellement»

«Aujourd'hui, ce sont autant des metteurs en scène s'interrogeant sur le sens de leur art que des soignants - infirmiers, psychologues, etc. - désireux d'avoir un nouvel outil dans leur métier qui se forment à la dramathérapie », observe Sandrine Pitarque, elle-même metteure en scène et coresponsable pédagogique du Master dramathérapie de Sorbonne Paris Cité. «Il faut dire que le panel de techniques et d'exercices permis par cet art est foisonnant»: improvisation, mise en scène de soi, échauffements corporels, mémorisation de textes... Tous les élèves acteurs savent combien cet art est formateur de la personne.

Thierry, aujourd'hui président d'une agence de communication, affirme s'être «soigné émotionnellement» grâce à un atelier d'art dramatique: «À 30 ans, ma vie tournait en rond. Une de mes collaboratrices m'a parlé d'un cours du type Actors Studio qui offrait une formation à raison d'une séance par semaine. Quand j'ai passé l'audition, tout de suite, le prof m'a regardé et m'a dit: €œToi, tu es assis sur tes émotions. Bingo! En quelques minutes, il m'avait compris.» Thierry réalise alors combien il est muré dans un «personnage» depuis de longues années. Ces cours vont le libérer. «J'ai notamment appris à pleurer, moi qui n'avais jusque-là jamais versé une larme, confie-t-il. Alors que ma vie me semblait aride depuis toujours, j'ai ainsi pu me connecter à moi-même.»


Exprimer des émotions sans mots

Pour Sandrine Pitarque, ce lien technique aux émotions est l'un des apports fondamentaux de la médiation théâtrale. «Certains exercices se révèlent fondateurs, affirme-t-elle. Dire une même phrase avec des émotions différentes, accepter le regard empathique de l'autre sur soi...» Et de citer le cas de cette adolescente qui ne savait s'exprimer que dans la colère. «La gestion émotionnelle étant vraiment très compliquée pour elle, nous lui avons appris à jouer la peur et la tristesse, raconte la dramathérapeute. Peu à peu, elle a pu incarner tout le panel et ainsi s'ouvrir à la relation.»

La scène peut aussi permettre d'exprimer ces émotions qu'on n'arrive pas à mettre en mots .«Le lendemain des attentats de Charlie Hebdo, des adolescents, à Bondy (93), qui avaient passé leur nuit à visionner les vidéos des assassins ont souhaité jouer les rôles des terroristes, se souvient Sandrine Pitarque. C'était pour eux une manière de mettre à distance ces images trop fortes.»

Pour Thierry, l'aventure théâtrale a pris de nouvelles formes avec une inscription dans un atelier municipal. «Là, j'ai appris à déclamer seul sur scène des textes de 8 ou 10 pages, et le professeur m'a expliqué comment dire une phrase en pensant - vraiment - à chaque mot. Cela m'a passionné et, cette fois-ci, cela m'a connecté aux autres et à la sensation inégalable de transmettre des émotions à des gens qu'on ne connaît pas .» Oui, l'initiation permise quand on «joue» sur scène semble inégalable.


* «L'Amour dans tous ses états»,une pièce de Guy Corneau, Danièle Prouxlet Camille Bardery. Jusqu'au 26 avril.Théâtre Les Feux de la Rampe.



http://sante.lefigaro.fr/actualite/2016/03/18/24759-theatre-quelle-therapie

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:13    Sujet du message: Le psychodrame : jouer pour combattre les souffrances

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